3h25 : Bonne nuit à tous, et félicitations à Barack
Ca y est, il y a confirmation que l'Ohio est donné à Obama. McCain n'a plus aucune chance de gagner, même en conservant le Colorado, ce qu'il n'a aucune chance de faire. Comme promis, je vais dormir un peu. Je pourrai commenter un peu tout ça ce jeudi après-midi.
3h20 Et là ?
Appparemment, Fox re-dit qu'Obama a gagné l'Ohio. Si c'est confirmé, je vais me coucher.
3h01 : Fini ? Pas encore
Apparemment, Fox a annoncé l'Ohio pour Obama, ce qui terminerait sans doute aucun la soirée... avant de se rétracter. Encore un peu de temps...
Sinon, déjà 2 états faux dans ma carte garantie fausse. Mais au moins, ceux-là, je savais que c'était risqué.
2h55
Si la Floride et la Virginie, où tout peut encore arriver mais où, de toute évidence, Obama fait mieux que Kerry, ne se dépêchent pas un peu, on risque de voir Obama gagner par l'Ouest, grâce à l'Iowa, au Colorado et au Nouveau-Mexique. Avec PA et NH pour Obama, on voit mal quel état de Kerry McCain pourrait gagner. Or, avec les états de Kerry, IA, CO et NM, Obama gagne, quoiqu'il se passe en Virginie, Floride, Indiana, Missouri, ... Iowa termine à 4h ET, mais les deux autres à 3h, dans 5 minutes...
2h15
Si la Pennsylvanie est confirmée, une victoire d'Obama en Floride ou en Virginie suffirait probablement à briser les espoirs dans l'équipe de McCain.
Par ailleurs, on commence à entendre les premières nouvelles du Congrès : 3 sièges seraient déjà gagnés par les Démocrates (Warner en VA, Shaheen en NH, et Hagan en NC, mais je ne retrouve plus ma source...).
2h05
Apparemment, dans le tas d'états fermant leurs bureaux de vote à 20h, de très nombreuses sont déjà considéres finies. En particulier, et c'est la première très bonne nouvelle pour Obama, la Pennsylvanie lui est donnée. L'important n'est pas qu'il gagne, c'est que l'écart soit assez important pour que CBS l'annonce immédiatement. Pour eux, Obama mène 102-34 pour l'instant, mais seule la Pennsylvanie me paraît vraiment importante (Non, en fait, le New Hampshire, que certaines rumeurs donnaient très serré, est aussi donné à Obama).
1h50
Les nouvelles commencent à arriver. Après le Kentucky et la Virginie de l'Ouest immédiatement pour McCain, et le Vermont pour Obama, les choses sérieuses ne devraient pas tarder à commencer.
Pour suivre les décomptes et pas les sondages sortie des urnes, je trouve la présentation de CNN très bien faite... Pour l'instantn les différents états sont seulement à 5 à 20% de votes comptés, et je ne serais pas surpris que les zones les plus rurales soient finies avant les urbaines. En tout cas, c'est le cas en Indiana. De plus, les différentes valeurs sont en ce moment très peu instinctives. L'écart national est énorme pour Obama, mais les états s'alignent plutôt pour McCain.
0h45
L'élection est en route. Vous pouvez trouver des anecdotes de gens passant des heures à faire la queue chez Andrew ou Ben. Note : les gens qui blogguent ou écrivent aux bloggeurs sont très pro-Obama, donc les impressions que l'on tire seront probablement faussées. Le résumé : des heures de queue donc, mais sereinement, beaucoup de nouveaux électeurs, beaucoup de noirs qui pleurent.
Sinon, plusieurs posts très intéressants sur le sujet chez Nate et Pollster : ne croyez pas aux sondage sortie des urnes ! Il sont très, très faussés, et on n'a souvent à disposition que des relévés non pondérés, qui n'ont aucun intérêt. En plus, ce qu'il y a de bien cette année, c'est que les deux premiers à sortir sont contradictoires : en Pennsylvanie, Obama est à +15 chez Drudge, +4 chez Gawker. Donc pas d'affolement, plus de nouvelles plus tard.
G
On en arrive au bout, et c'est pas trop tôt. Cette campagne qui a commencé début 2007 se termine dans la nuit du mardi à mercredi (heures françaises). Hier, j'ai fait le point sur ce qu'il y avait à voir dans chaque état. Maintenant, on va reprendre un peu de recul et faire le point d'en haut. On terminera par un exercice haut en couleurs : les seules et uniques PREDICTIONS USA 2008 GARANTIES FAUSSES. C'est impossible de tout avoir bon, je n'essaierai donc pas, mais je ferai une carte je l'espère raisonnablement bonne. Une garantie : je donnerai par principe plus de grands électeurs à Obama que Karl Rove, qui lui en donne pourtant déjà 338.
D'abord, où en est-on nationalement ? Je viens Les sondages donnent Obama gagnant d'environ 7 % sur l'ensemble des USA. Prenons d'abord le temps de regarder l'évolution d'Obama par rapport à celles de Kerry et de Gore ces deux dernières élections, données par Charles Franklin (via Matt Yglesias et Chris Boyers).
Donc on vérifié qu'Obama est dans bien meilleure position que les deux derniers démocrates. On voit aussi que les deux dernières élections, il y a eu un écart faible mais réel, dans la direction des dernières tendances. Et si vous vous inquiétez qu'Oba soit en apparente chute libre, deux courbes pour vous remonter le moral (ou pour vous le rabaisser, si par hasard vous souhaitez que McCain gagne). La première est la même courbe de Pollster, mise à jour trois jours plus tard, montrant Obama reprenant du large grâce aux bons sondages du week-end.
7 % donc d'avance, c'est bien, mais 9 % c'est mieux. Alors, bon, 35 aussi c'est mieux, mais pourquoi 9 ? Parce d'après Nate, les sondeurs qui appellent les personnes n'ayant que des téléphones portables (en jaune) montrent une avance d'Obama de 9 %, alors que ceux qui ne le font pas (en gris) en sont à 5 %. La moyenne totale est donc de 7 %.
Le besoin de prendre en compte les téléphones portables a été expliqué plusieurs fois ici, et on voit une différence importante. Donc entre 6 et 10 points d'écart, ce qui devrait largement suffire à Obama, sauf si une armée de gens qui ne répondent jamais au téléphone votent à 95 % pour McCain.
Maintenant, un sujet d'une grande importance pour tous ceux qui, comme moi, doivent se lever le matin : comment suivre l'élection, avant de se coucher, en se levant à 5 h, sans dormir ? D'une manière générale, c'est impossible à répondre directement, et je ne sais pas encore comment je vais faire moi-même, mais voyons d'abord comment la soirée se passe, avec l'aide de Nate sur Newsweek et de Tom Edsall sur le Huffpost.
Chaque fois que des bureaux de vote ferment, les sondeurs passent en revue leurs sondages "sortie des urnes", qui mélangent sondages des derniers jours, sondages par téléphone et vrais sondages sortie des urnes (les premiers sondages sortie des urnes seront en ligne ici ou là, genre Drudge, Slate ou d'autres : ne leur faites pas confiance ! Il y a trop d'incertitude pour aider dans les états serrés où se jouera l'élection). Si les sondeurs sont très confiants qu'un candidat va gagner, ils le disent tout de suite, sinon, ils attendent que les décomptes avancent, et suivent les résultats de certains comtés bien placés et ceux de l'état, jusqu'à ce qu'ils aient une idée plus précise. Cela peut durer plusieurs jours si c'est très serré, plusieurs mois si c'est la Floride en 2000, mais en grosse majorité ça prendra une heure ou deux. Voici les heures de fermeture des bureaux, via Swingstateproject.com :
Rajoutez 6h pour l'heure française. A minuit tapantes à Paris, les premiers bureaux ferment dans une partie de l'Indiana et du Kentucky, où une Sénatoriale importante se joue aussi. Les derniers bureaux de ces états ferment une heure plus tard. On s'attend à ce que l'Indiana soit serré et le Kentucky pour McCain. Dans l'Indiana est annoncé rapidement pour Obama, c'est déjà fini. Si c'est annoncé très tôt pour McCain, la soirée sera très longue. Si par contre le Kentucky n'est pas relativement rapidement bouclé, cela peut être très mauvais signe pour les Républicains. Il est par contre possible que les grandes chaînes, si elles sont confrontées à une victoire d'Obama, préfèrent attendre au moins jusqu'à 8h eastern time, pour ne pas trop perturber les élections dans l'Ouest. Donc d'un autre côté, on peut ne pas avoir d'infos intéressantes avant au moins 1h du matin en France.
Ensuite, tout va très vite... et très tard. La Virginie et la Floride à partir de 1h, l'Ohio et la Virginie de l'Ouest de 1h30, le reste du Midwest et du Sud après 2h, le Colorado, le Nouveau-Mexique et les Dakotas à partir de 3h, le Montana et le Nevada 4h, la côte Ouest 5 et l'Alaska 6. Outre qu'on sait déjà qui sera le prochain président des USA, que les sondages sortie des urnes vont dire un peu tout et n'importe quoi mais favoriseront probablement Obama, à mon avis on n'aura pas de victoire annoncée officiellement pour Obama avant 8.15 pm soit 2h15 françaises au plus tôt, si Obama est très fort en Ohio, Indiana, Virginie et Floride en particulier. Rappelez-vous une chose : un état qu'on ne donne pas à un candidat est autant d'information qu'un autre qu'on déclare gagné. En conclusion, tout se jouera en plein milieu de la nuit, donc je ne sais toujours pas comment je vais gérer ça...
Pour finir, comme promis, voici en exclusivité mes PREDICTIONS USA 2008 GARANTIES FAUSSES, mais ce n'est pas une raison pour ne pas essayer.
Score national : Obama 53 - 45 McCain (+8 ; 2% de petits candidats)
Grands électeurs : Obama 382 - 156 McCain
Carte :
Bon, c'est un peu ambitieux pour Obama, certes. La Géorgie et le Dakota du Nord, c'est pousser, mais je cherche les surprises. Si j'avais voulu jouer plus conservateur, je ne les aurais pas mis. J'aurais aussi pu faire une carte plus pro-Obama en rajoutant l'Indiana et le Montana, mais ça aurait été un peu exagéré...
A bientôt, pour les résultats et les premières analyses !
G
On est à deux jours de l'élection, ou plutôt du résultat de l'élection, puisque les votes ont commencé il y a deux semaines. On va faire le point sur ce qui est en jeu dans chaque état (oui, les 50 + DC) mardi, car les swing states ne sont pas les seuls où se joue l'avenir politique des USA. L'essentiel est basé sur l'analyse de Chuck Todd, aussi un peu sur l'analyse de Sean sur 538.com. On va les passer, histoire de changer un peu, d'après l'ordre d'importance donné par Nate (Tipping Point States), du plus important au moins important (sur les 15 premiers, après c'est moi qui vois). On y parle de la Présidentielle, bien sûr, mais aussi des élections pour le Congrès : 35 Sénateurs et 435 Représentants doivent être élus.
Virginie : Avec le Colorado, le nouveau grand champ de bataille de 2008. Etat traditionnellement républicain, mais avec un gouverneur (Tim Kaine) et un sénateur (Jim Webb, bientôt un second après la victoire de Mark Warner) démocrates, l'état est en train de changer. McCain et le parti républicain n'ont jamais eu l'air de s'entendre ; l'équipe de McCain a parlé de la "Vraie Virginie", celle du sud, par oppostion à celle du Nord, proche de DC, qui vote plus démocrate (et où le QG de McCain est situé)... Ils auraient voulu perdre l'état qu'ils ne s'y seraient pas pris autrement.
Colorado : L'autre pièce manquant du puzzle démocrate depuis le début. Avec les états gagnés par Kerry, l'Iowa et le Nouveau-Mexique probablement pour lui, le Colorado était l'état où Obama devait dépasser les 270 grands électeurs. Siège de la Convention Nationale Démocrate, on s'attendait à une bataille épique, qui ne devrait pas se matérialiser : le Colorado est donné assez largement à Obama. Les démocrates espèrent aussi gagner un siège à la Chambre, et n'auront pas de problème au Sénat avec Mark Udall.
Pennsylvanie : McCain y a jeté toutes ses forces dans les derniers jours. Une intense polémique a eu lieu sur le simple fait de savoir si elle était "en jeu" ou si tout était joué d'avance. L'avance d'Obama est bien passée de +12 à +6 environ, mais c'est encore beaucoup trop de retard de McCain. Le brainfart ("pet de cerveau") de l'année, c'est celui du Représentant Jack Murtha, le puissant démocrate, qui a déclaré que ses électeurs étaient racistes. Bizarrement, ses sondages ont plutôt baissé après ça. D'une victoire quasi assurée, il est passé à un combat serré. Un autre siège démocrate est serré, ce pourrait être le seul état où les Républicains gagnent du terrain à la Chambre.
Nevada : Todd le voit plus républicain que Sean, mais les deux affirment que l'organisation d'Obama est beaucoup plus efficace que ce qui sert de parti Républicain sur place. 2 élections à la Chambre sont apparemment serrées. Cet état qu'on pensait rester républicain à l'origine devrait aller chez Obama. Clarke County (Las Vegas, en gros) représentait 70% des votes de l'état en 2004 ; 72% du total des votes de 2004 y a déjà été fait en vote anticipé ; 52% de ces électeurs y sont démocrates et 31% républicains. Ca fait beaucoup de pourcentages imbriqués, mais aucun n'est très bon pour McCain.
Ohio : 2ème état du "Big 3" (Pennsylvanie, Floride), ces trois états où se sont jouées les dernières élections. Avec ses forces dans d'autres états, Obama n'avait pas besoin impérativement de le gagner, mais c'est un pare-feu important. Le rare état où l'orga du GOP était 100 % au point, un électorat blanc ouvrier qui doutait d'Obama, cela faisait beaucoup de portes d'entrée pour McCain, qui est resté longtemps au contact. Récemment, Obama s'est détaché, étant à environ +6, comme nationalement, et les républicains ont peur de perdre quelques sièges à la chambre, surtout autour de Cincinnati.
Caroline du Nord : Le champ de bataille surprise. Si Obama le gagne, c'est qu'il a déjà gagné la Virginie, donc l'élection. Il n'en a donc pas besoin. Mais il peut aider les démocrates dans les deux autres électionstrès serrées, celles pour le Sénat entre Kay Hagan (D) et Liz Dole (R), et pour le gouverneur.
New Hampshire : Le dernier bastion Républicain dans le Nord-Est des USA, est en train d'aller chez les Démocrates. Le vote présidentiel et pour le Sénat, prévus serrés, sont en train de tourner très bleus. Obama et Shaheen ont tous deux plus de 10 points d'avance sur McCain et Sununu.
Nouveau-Mexique : Après deux élections très serrées récemment, le Nouveau-Mexique remplace presque tout son personnel politique. Un président, un sénateur (Tom Udall), 100 % de sa représentation à la Chambre (3 Rep.) seront nouveaux, et probablement tous démocrates. Un autre état symbole del'Amérique qui vire à gauche.
Floride : L'état qui a donné la présidence à Bush est resté relativement favorable à McCain jusqu'à la crise financière. L'avance d'Obama se réduit un peu, et le résultat, qui n'est pas certain, jouera sur les 25 élections à la chambre. Une des nouveautés de cette année, c'est la fissuration de l'électorat cubain. Auparavant très (très très) anti-castriste et très à droite, il se déplace à gauche depuis que des jeunes soit arrivés, voulant se rapprocher de leur famille à Cuba, et qui sont contre l'embargo. Plusieurs sièges à la chambre entre cubains d'origine se joueront en partie là dessus.
Minnesota : L'élection la plus suivie, ce n'est pas la présidentielle, qu'Obama devrait gagner malgré la popularité du gouverneur républicain Tim Pawlenty et la convention nationale républicaine à St-Paul - Minneapolis, mais la sénatoriale entre le sortant républicain Norm Coleman et l'évadé d'Hollywood démocrate Al Franken (D'après Todd, les démocrates ont peur que Franken gagne et que de nombreuses personnalités du spectacle se décident à le suivre en politique). Dean Bartley est un troisième candidat qui fout le souk dans les sondages, récoltant environ 15% des voix. Election très serrée. On attend aussi les résultats dans la Chambre, où Michelle Bachmann pourrait perdre son siège suite à sa demande que l'on enquête sur les activités anti-américaine des démocrates.
Wisconsin : L'état qui a donné la victoire lors des primaires démocrates à Obama (sans que personne ne s'en rende compte sur le coup) a rapidement été mis dans sa colonne. Cet ancien "swing state" est maintenant très démocrate, et Obama le gagnera sans problème, comme il avait gagné contre Clinton, de plus de 16 %.
Missouri : Depuis 1904, le Missouri ne s'est trompé qu'une fois, en 1956. Les 28 autres élections ont vu le gagnant du Missouri accéder à la Maison Blanche. La course y est la plus serrée des USA en ce moment, et ce pourrait être l'année où la magie se brise, McCain y ayant toutes ses chances. L'autre élection importante, c'est celle de gouverneur, où l'impopulaire républicain doit être remplacé.
New Jersey : Obama tranquille, mais de nombreux républicains à la chambre, dans des districts légèrement républicains, sont en danger. Si l'électorat est vraiment 6 points plus à gauche qu'en 2004, cet ancien état républicain pourrait bien franchement basculer démocrate.
Iowa : Là où tout a commencé. L'Iowa est le premier état des primaires, où les candidats les moins connus dépensent des millions de dollars et des mois, voire des années, à se faire connaître et à convaincre, dans le froid et la neige. Obama y a terrassé Clinton et Edwards, alors que McCain, plus célèbre, faisait l'impasse. L'Iowa est un état très avantagé, et chaque candidat qui veut y gagner doit faire des concessions aux agriculteurs, que McCain n'a pas eu à faire. Résultat : un état que Bush a gagné de justesse, et que Obama va emporter très facilement. Mais le GOP dans son ensemble est aussi responsable de cette perte : de 4 Représentants sur 5 il y a à peine 2 ans, ils pourraient tomber à 1 mardi.
Michigan : L'état de Kerry que McCain devait pouvoir gagner, et qu'il a abandonné en fanfare il y a plusieurs semaines, pour se consacrer sur la Pennsylvanie. 15 points de retard, et aucune chance de gagner malgré l'absence de primaire démocrate et les ennuis de justice du jeune maire noir de Detroit, Kwame Kilpatrick. L'abandon de McCain pourrait peser lourd sur les candidats à la Chambre de l'état, et 2 sont particulièrement en danger.
Maintenant qu'on est dans les états que l'on sait sans aucun doute qui va gagner, prenons l'ordre alphabétique.
Alabama : McCain sans problème, mais si les électeurs noirs se déplacent en masse et votent démocrate sur tout le bulletin de vote, ça pourrait faire mal à plusieurs candidats à la Chambre républicains.
Alaska : Un état qu'Obama avait peut-être des chances de pouvoir gagner, avant que McCain ne choisisse Palin. Enfin, pour les 3 EV de l'état, ça ne valait pas le coup. Mais cette année devrait être une victoire pour les démocrates, qui vont très probablement remplacer le corrompu Ted Stevens au Sénat par Mark Begich, et le tout autant corrompu Don Young par Ethan Berkowitz qui devrait donc devenir le seul Représentant de l'état.
Arizona : L'état de McCain aurait été franchement attaqué par le candidat démocrate si le candidat républicain n'en était pas le sénateur. Dans les dernières semaines, des sondages ont montré Obama quelques points derrière McCain, ce qui l'a rendu champ de bataille de dernière minute.
Arkansas : Un gouverneur et deus sénateurs démocrates, et pourtant Obama n'y a aucune chance. Les démocrates du Sud, que l'on appelle généralement "Blue Dogs", n'ont pas grand chose à voir avec ceux de Californie ou de Nouvelle-Angleterre.
Californie : L'état le plus peuplé va voter pour Obama, les questions sont ailleurs. Sur les 53 représentants, tous les républicains sont en danger. Par ailleurs, un texte de loi ("Prop 8") est sur le bulletin de vote. S'il passe, le mariage homosexuel y sera interdit, revenant sur le jugement qui l'a récemment autorisé. Pour l'instant, le "non" est très légèrement favori, mais l'église mormone de l'état voisin de l'Utah met des millions pour faire passer le oui.
Connecticut : Obama, évidemment. La seule question est de savoir si le républicain Chris Shayes, le seul dans toute la Nouvelle-Angleterre, va pouvoir garder son siège à la Chambre. Ce n'est pas gagné.
Delaware : Joe Biden est en double sur le bulletin, comme vice-président et comme sénateur, son poste actuel. S'il est élu (et il va l'être), le gouverneur (démocrate) choisira son remplaçant. Le nom de Beau Biden, fils de Joe, Procureur de l'état, était murmuré, mais il est en Irak actuellement.
Géorgie : Un état qui aurait dû être beaucoup sur cette liste. McCain y est favori de quelques points, mais si l'électorat noir se déplace autant que certains le pensent (et ils sont déjà très nombreux à avoir voté), ce sera le premier grand choc de l'élection. Pour le Sénat, le sortant Saxby Chambliss, qui avait osé attaquer violemment le démocrate décoré de guerre, triple-amputé, pourrait aussi en faire les frais face à Jim Martin. Dans cet état, si personne n'atteint 50%, un deuxième tour aura lieu en décembre ; il pourrait être le 60ème dont rêvent les démocrates.
Hawaï : Etat démocrate dont un représentant particulièrement populaire et charismatique est le favori, Hawaï n'a aucune chance de voter McCain. La grande question chez tous les journalistes politiques : est-ce que cela remplacera le ranch du Texas comme lieu de vacances du président, où ils seront "obligés" de se rendre ?
Idaho : cet état très républicain va largement voter McCain, mais il n'est pas épargné par les problèmes nationaux à la Chambre. Un de ses deux sièges pourrait tourner bleu.
Illinois : L'avantage d'avoir bourlingué, c'est qu'on est identifié à plusieurs états. Après Hawaï, c'est le deuxième état d'origine d'Obama, celui dont il est sénateur. Il va y gagner largement, assez, l'espèrent les démocrates, pour renverser quelques républicains à la Chambre ici et là. Le remplaçant d'Obama sera choisi par le gouverneur, Rod Blagojevich, encore un corrompu notoire.
Indiana : Le simple fait que cet état, que Bush avait gagné de plus de 20 points, soit un "swing state", est la preuve qu'Obama va être la présidence. Obama peut gagner, n'en a pas besoin, mais on ne devrait pas être en train de discuter de cette possibilité.
Kansas : Un autre état dont Obama est originaire (sa mère y est née), le populaire gouverneur est une démocrate, Kathleen Sebelius, mais on fait pourtant difficilement plus républicain. En fait, la victoire de Sebelius tient presque uniquement aux conflits entre Républicains modérés et radicaux, qui voteront McCain pour les uns, Palin pour les autres.
Kentucky : avec l'Indiana, le premier état à fermer ses bureaux de vote, à 18h. Si McCain n'est pas rapidement déclaré gagnant de l'état, la soirée va être très, très mauvaise pour McCain. Au Sénat, l'élection était assez serrée, elle est devenue récemment assez moche, avec des flyers homophobes contre le candidat sortant républicain, dont personne n'a jamais dit qu'il était gay. Mitch McConnell, chef de la minorité au Sénat, n'est pas très sympathique, mais beaucoup de démocrates n'aimerait pas le voir perdre de cette manière.
Louisiane : Cet état a été transformé par l'ouragan Katrina, politiquement aussi. Les noirs sont partis en nombre, l'électorat est plus à droite ; il a élu gouverneur le très conservateur Bobby Jindal, 36 ans, le premier originaire de l'Inde. Mary Landrieu, le sénateur sortant démocrate, était donc sous la pression, mais devrait pouvoir garder son siège, même si John McCain devrait gagner largement, sauf si les noirs revenaient voter (une possibilité, mais pas une certitude du tout).
Maine : S'il n'y a pas de surprise, Obama et la sénatrice républicaine modérée Susan Collins devraient être sur la majorité des bulletins.
Maryland : Très démocrate, et de plus en plus. A la chambre, on pourrait passer de 6 D, 2 R à D, 1 R, et avec peu d'espoir de remonter la pente pour le GOP.
Massachussetts : l'état autour de Boston est entièrement démocrate, et va le rester.
Mississippi : Un des deux états où les deux sièges de sénateur sont en jeu. Si tout ne va pas chez les Républicains, c'est que l'électorat noir se sera vraiment déplacé en masse pour voter pour Obama, même sans effort spécifique de sa campagne. Personnellement, il a très peu de chances.
Montana : un autre de ces états qui vote habituellement républicain nationalement et démocrate localement. Le gouverneur, Brian Schweitzer, est très populaire, il pourrait être un des favoris pour succéder à Obama dans quelques années. En attendant, il pourrait aider Obama à gagner, ce qui serait, comme pour l'Indiana, un choc.
Nebraska : Un des deux états, avec le Maine, qui donne ses grands électeurs selon les vainqueurs de chaque district, et pas celui de l'état. Par conséquent, Obama pourrait gagner dans le second district, constitué de l'agglomération d'Omaha, et faire tomber le représentant républicain Lee Terry en même temps.
New York : Un état démocrate nationalement, mais où les républicains locaux savent être assez modérés pour gagner quelques sièges. Pourtant, cette année, les démocrates pourraient leur prendre 4 sièges à la Chambre (sur 29 au total) ainsi que le contrôle du sénat de l'état.
Dakota du Nord : Comme le Montana voisin, on y vote républicain nationalement et démocrate localement. Pour Chuck Todd, la loi permettant l'inscription sur les listes le jour du vote pourrait bien permettre à Obama et d'inverser la tendance historique de l'état.
Oklahoma : RAS. Etat républicain paisible.
Oregon : L'état où on ne va plus voter : tout se fait par courrier. Obama devrait gagner sans problème, et aider à faire tomber le sénateur sortant républicain Gordon Smith, qui avait pourtant fait ce qu'il avait pu pour montrer qu'il était proche de lui. Le démocrate Jeff Merkley est favori depuis le début de la crise financière.
Rhode Island : RAS. Etat démocrate tranquille.
South Carolina : Encore un état du sud où McCain est favori, mais pourrait se faire surprendre par une vague d'électeurs noirs supérieure à ce qui est anticipé, et aidant des représentants démocrates à gagner un ou deux sièges.
South Dakota : Proche de celui du Nord mais un peu plus républicain, il devrait rester pour McCain, mais pas forcément de beaucoup.
Tennessee : RAS. Etat de plus en plus républicain.
Texas : On pensait il y a quelques mois qu'Obama pourrait pousser McCain à y faire campagne, en raison de sa population de plus en plus hispanique et urbaine, mais ce n'est pas encore l'année. Quand ça arrivera, ce sera très mauvais pour les républicains.
Utah : RAS : Etat le plus solidement républicain des USA.
Vermont : Etat tellement démocrate qu'il sort de l'autre côté : il a un sénateur socialiste ! Les Républicains n'y ont évidemment aucune chance.
Washington : L'état de l'Ouest, pas la ville. Pas de problème pour Obama, mais pour le poste de gouverneur, ce sera plus serré.
Washington, DC : la ville, pas l'état de l'Ouest. 90% démocrate si tout se passe bien. Pas de représentant à la Chambre, pas de sénateur : les bulletins de vote y sont plus petits qu'ailleurs.
West Virginia : L'état dont les Américains, même les plus bêtes, se moquent pour le peu d'éducation, le racisme, etc. Très républicain, même si les sondages ont montré un temps Obama se rapprocher fortement.
Wyoming : L'état des cow-boys, et de Dick Cheney. Les Républicains sont si mal en point qu'ils pourraient perdre l'ancien siège à la Chambre du vice-président actuel. Mais pas de soucis nationalement : ce sera McCain.
G
D'abord, mes plus plates excuses pour mon non-post d'hier. D'une part j'ai parfois du mal à gérer le manque de sommeil, d'autre part, je commence à me demander de quoi parler. Bien sûr, il y a des débats très intéressants sur les indécis, plein de choses à dire sur le vote par anticipation, qui bat des records, sur les centaines de procès qui se préparent, sur le "groundgame" des deux candidats et comment il se compare à Bush/Kerry. Mais j'ai déjà tout évoqué, sans détailler autant que j'aurais voulu. Maintenant, il me faudrait rentrer dans tellement de détails que je n'aurai simplement pas le temps d'ici mardi.
De plus, pour moi, comme je l'ai déjà dit ici, cette élection est déjà pliée. J'avais beaucoup aimé cette comparaison avec le base-ball qu'avait donné Charlie Cook. Je vais traduire comme je peux :
Pour un analyste politique, la posture normale en cette période de l'année est beaucoup plus comme celle d'un arbitre de baseball : voûté, regardant avec attention si la balle se rapproche du batteur, regardant si elle part à gauche ou à droite, si elle arrive haute ou basse. Mais, ces jours-ci, nous, les analystes, sommes plus comme des joueurs de champ, regardant avec émerveillement la balle frappée par le batteur, semblant prendre non seulement la direction du home-run, mais très probablement les étages supérieurs des tribunes.
Ce que je trouve très vrai, c'est cette impression que l'élection est jouée. Tout est fait, Obama a frappé fort, on est juste en train d'attendre de voir où la balle tombe. Je ressens tellement cette impression... que je n'ai plus rien à dire. J'attends.
Alors du coup, forcément, je vais écrire beaucoup ce soir, pour expliquer pourquoi il n'y a rien à espérer pour les supporters de McCain. D'abord, faisons le point. J'ai remis à jour les écarts en un coup d'oeil. Voici un résumé : les sondages donnent avec insistance Obama à +6 / +7% depuis plusieurs semaines. Les cartes électorales sont encore plus marquées. En comptant tous les états, Obama est au-dessus de 350 grands électeurs, alors qu'il en suffit de 270 pour gagner. Si on ne compte pas les états les plus disputés, il en en déjà plus de 280. Du coup, la question, c'est... et alors ? Ils avaient bon, les sondeurs, en 2004 ?
Beaucoup de références que j'utilise n'existaient pas en 2004. Mais certaines étaient déjà là. Par contre, il n'est pas toujours simple de retrouver ce que chacun prévoyait à 4 jours de l'élection. Essayons de faire le tour. En 2004, Bush avait gagné de 2,4 % le vote populaire, et le collège électoral 286 - 252. La carte était la suivante :
4 jours avant l'élection, electoral-vote.com avait 281 - 236. La méthodologie de l'époque, plus simple, rendait les variations fréquentes : deux jours plus tard, il avait Kerry qui menait 283 - 246 (1 non attribué, Nevada, et 2 erreurs, Iowa et Nouveau-Mexique). Une première version de l'algorithme qu'il utilise maintenant donnait, le jour de l'élection, Bush à 278 - 245, avec Wisconsin et Nouveau-Mexique trop serrés pour être attribués. Voici la carte qu'il avait :
Résultat : les écarts ne sont pas toujours bons, mais à part les 2 états non attribués, il n'y a qu'une erreur : l'Iowa et ses grands électeurs. Le problème de cette élection était qu'un seul état mal attribué, comme la Floride où les sondages étaient très serrés, suffisait à faire pencher la balance d'un côté ou de l'autre. Même dans la carte donnant Kerry gagnant, les erreurs ne concernent que les états les plus serrés, ceux à moins de 5 % d'écart dans les sondages, marqués par du blanc avec liseré rouge ou bleu. Par exemple, le Wisconsin s'est joué à 0,4 % d'écart, l'Iowa à 0,7 % et le Nouveau-Mexique à 0,8 %. Autrement dit, tous les états où l'écart entre les candidats a été supérieur à 1 % a été prédit correctement par la méthode actuelle, et 1 seul était faux, les 2 autres non attribués.
Idem chez electoral projection :
Deux erreurs, encore le Wisconsin et l'Iowa. Là aussi, ce n'était pas 4 jours avant l'élection, mais le jour même, le 2 novembre.
Chez RealClearPolitics, l'écart national était donné à environ 2 % 4 jours avant l'élection, et 1,5 % le 2 novembre. Bush était à 200 grands électeurs, avec deux erreurs : le Wisconsin (10 EV) et plus étrangement Hawaï (4 GE).
Autrement dit, 3 ou 4 états ont été difficiles à prédire. Pour 45 à 47 d'entre eux, tout le monde à peu près avait bon. C'est le paradoxe de l'élection : tout le monde a bon presque partout, mais personne n'a tout bon (je ne retrouve plus le site où j'ai vu qu'en 2004, un sondeur avait fait un jeu : devinez le collège électoral. Sur 16000 réponses, aucune n'était bonne).
Si ce qui était vrai en 2004 l'est encore en 2008, ça nous donne une victoire assurée pour Obama. La carte d'electoral-vote donne Obama à 364 - 171, mais surtout les états où il a plus de 10 points d'avance lui donnent 264 grands électeurs, et 311 GE pour les états où il a plus de 5 % d'avance, donc qu'on peut considérer acquis. La carte :
La carte est à peu près la même si on va chercher les autres moyenneurs de sondage, comme Pollster ou RCP. Les états vraiment indécis sont le Missouri, l'Indiana, et la Caroline du Nord. La Floride, la Géorgie, le Dakota du Nord et le Montana le sont un peu moins. Le chiffre important : dans ces trois sites, si Obama perd tous les états indécis, il gagne quand même 311 - 227. Et de manière plus réaliste, il aura entre 350 et 380 grands électeurs. Pour le fun, je m'amuserai à faire une prédiction, forcément fausse, d'ici mardi. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'elle ne sera pas bonne pour McCain (si même la Louisiane s'y met...).
G
Matt Drudge, fondateur du Drudge Report (le site le plus laid que je connaisse), est un journaliste conservateur, favorisant largement le Parti Républicain et très influent sur les autres médias, en particulier conservateurs (Fox News). Certains pensent même qu'il est le commentateur américain le plus influent sur le traitement médiatique de l'élection. Druge est devenu célèbre avec son scoop ayant entraîné l'affaire Lewinsky, et fait très souvent parler de lui. Récemment, il a "poussé" l'histoire de la supporter de McCain agressée par un supporter (noir) d'Obama qui lui a gravé au couteau un "B" sur la joue, histoire qui s'est avérée fausse.
Aujourd'hui, Drudge fait ses titres sur les relatives mauvaises nouvelles dans les sondages pour Obama, et en particulier sur le sondage Gallup qui donne Obama à +3, avec le graphique suivant :
Et évidemment, si l'avantage d'Obama est vraiment passé de +7 le 24 à +3 le 28, cela va dans le sens de plusieurs commentateurs : l'élection se resserre. Cela confirme aussi en partie les propos du sondeur de McCain, qui prévoit une élection beaucoup plus serrée que les sondages ne veulent bien le croire. Il pense que les indécis vont massivement se porter sur McCain, et Chuck Todd, qui s'y connaît vraiment, pense que c'est potentiellement vrai.
Mais tout le monde n'est pas d'accord. Nate analyse l'argument point par point. Même s'il convient qu'il est potentiellement vrai, il le juge exagéré : il conclut que McCain a une marge d'un demi point, inférieur à ce qu'Obama perd en raison de la non-prise en compte assez générale des gens n'ayant pas de téléphone fixe. L'autre argument répété tendant à penser qu'Obama est en fait sous-estimé par les sondages est celui des modèles de participation. Tous les sondeurs admettent avoir du mal à juger de la participation des noirs et des jeunes. On est certains qu'elle sera supérieure aux années précédentes, mais on ne sait pas de combien. Nate estime que plusieurs sondeurs sous-estiment fortement l'avance d'Obama, mais Mark Blumenthal de Pollster, en acceptant l'idée que ces modèles tiennent à peu de choses, modère les propos de Nate. Il termine par "De toute manière, aucun modèle ne peut prétendre à une précision "scientifique". Tous mettent en jeu des jugements subjectifs de la part des sondeurs."
Revenons donc au sondages Gallup donnés par Drudge. Comment Gallup fait-il pour prendre en compte cette problématique spécifique à 2008 ? En fait, ils ont pris une décision assez étrange : ils ont fait 2 modèles de participation, ce qui remet en cause les noms de "likely voters", mais bon. L'un est dit "traditionnel", l'autre "étendu". Le premier est basé sur les intentions et les habitudes de vote, le second seulement sur les intentions, acceptant l'idée que cette année, beaucoup de personnes voteront pour la première fois. Evidemment, le modèle étendu favorise Obama, et évidemment, Drudge a utilisé le modèle "Traditionnel". Nate et Blumenthal préfèrent le modèle "étendu". Cela fait-il une différence ? Si peu...
Sur ce graphe, l'écart est à peu près le même depuis trois semaines, et pas aux alentours de +3, mais de +7 à +9. Les mouvements peuvent être attribués à du simple bruit statistique. Gallup a aussi un graphe des intentions de vote chez tous les électeurs, pas seulement ceux dont il pense qu'ils vont participer : Obama y est encore plus en avance !
Donc pour rappeler ce que je disais hier, et qui est encore vrai aujourd'hui : oui, il semblerait que l'écart se resserre légèrement ces jours-ci. Depuis hier, Obama a perdu un point chez Pollster et RCP. Mais même sur plusieurs sondages, un jour n'est qu'un jour. SI McCain est à +2 ce week-end, on se reposera des questions, mais j'y crois peu. En fait, les sondages qui sont sortis de la moyenne de RCP étaient très favorables à Obama. Il faudrait attendre une semaine que les mêmes sondeurs donnent leurs nouvelles estimations pour faire une vraie comparaison. En tout cas, l'écart est toujours trop important pour ça ait un vrai impact sur l'élection.
Dernière chose : j'ai beau respecter énormément Chuck Todd, mais comme tous les journalistes (même français), il a tout intérêt àdonner à l'élection une impression de suspense, pour que les gens suivent la couverture, en particulier la nuit du 4. Donc sans les traiter de menteur, comprenons bien qu'ils sont aussi partie prenante, donc pas totalement objectifs.
G
On en est un peu là pour McCain. Même s'il se rapproche un tout petit peu, comme je l'explique dans les écarts en un coup d'oeil, il n'aura pas le temps de rattraper Obama. Et des petits gains sont contrebalancés par un nouveau sondage, le pire de tous, le donne à -16, 52-36 (chez les inscrits, et à -14 chez les "voteurs probables"). Il ne représente pas le consensus, qui est plutôt vers les 7 points, mais ça reste intéressant comme "pire des cas possibles".
De plus, même si un événement extraordinaire était révélé (on cherche, chez McCain), Obama est en train d'engranger les votes grâce au vote par anticipation. Un universitaire, Michael McDonald, et CNN, suivent sur deux sites les chiffres du vote par anticipation. On ne sait évidemment pas pour qui les gens votent, mais on peut savoir le parti où les électeurs sont inscrits. Assez simplement, Obama prend de l'avance. Les gens votent en masse, les Démocrates plus que les Républicains, Les noirs votent proportionnellement beaucoup plus que leur proportion dans la population, et certains attendent même de 8 à 12 heures pour voter. Un exemple : Le Nouveau-Mexique, un état qui a voté deux fois pour Bush, en est à 103,000 bulletins démocrates contre 57,000 Républicains d'après CNN.
A côté de ça, rien de spécial. Les McCainistes et les Palinistes continuent à se déchirer, avec les autres Républicains soit d'un côté, soit de l'autre. On apprend même que ça commence tout en haut, avec McCain qui bouderait un peu sa colistière : un long voyage en bus sans se parler.
S'il a de plus en plus de mal avec la base du GOP qui n'aime pas la manière dont Palin est traitée, il est quand même puni par les modérés pour l'avoir choisie : avec Powell, le plus célèbre, beaucoup de républicains modérés (et quelques-uns qui ne le sont pas) ont décidé de soutenir Obama. De plus, les Républicains qui se voyaient sur le ticket se vengent à leur manière. Ainsi, Charlie Crist, gouverneur de Floride, a décidé d'augmenter les heures de vote par anticipation, à la grande joie des Démocrates et au grand dépit des Républicains, son parti.
Génial : même pas 1h du matin, et j'ai déjà fini. Une nuit presque normale, ça ne se refuse pas !
GJe vais faire ça vite, ce soir. Un élu démocrate de plus (après Obama et quelques sénateurs) du moins très probablement : Ted Stevens, que j'ai évoqué hier, a perdu son procès (7 charges de corruption), et devrait donc laisser à son adversaire Mark Begich son siège de sénateur, qui gardera longtemps l'empreinte de ses fesses : Stevens, 85 ans, est sénateur depuis décembre 1968. Il avait remplacé le sénateur élu en 1966, mort, puis a gagné une élection spéciale en 1970 pour avoir le droit de finir le mandat de son prédécesseur, et est réélu tous les six ans depuis 1972. Mark Begich est le maire d'Anchorage, la capitale de l'Alaska. Il a 46 ans, est démocrate dans un état où il vaut généralement mieux être républicain, l'année où il vaut mieux être démocrate, sauf en Alaska où la fille prodige de l'Alaska se présente sur le ticket Républicain, mais au moins, il ne va pas aller en prison, ce qui est un avantage considérable. Jeu : d'après les descriptions que j'ai faites, devinez sur la photo qui est Begich, qui est Stevens.
Stevens avait le droit de se retirer quand sa position devenait difficile, ce qui aurait pu sauver son parti. Il a préféré jouer à quitte ou double, et a perdu. Il peut toujours être élu. Dans ce cas, il serait probablement botté hors du Sénat, et serait remplacé par le gouverneur Sarah Palin, qui aura alors le droit de choisir un Républicain.
Un peu de rappel de corruption républicaine, il ne manquait plus que cela pour aider le candidat Républicain à la présidence, John McCain, qui était pourtant son ennemi déclaré au Sénat. II n'avait qu'à changer de parti, comme il avait failli le faire en 2004, quand il avait envisagé de devenir le colistier de John Kerry.
Deux liens intéressants aujourd'hui, non pas parce qu'ils apportent un élément nouveau (quel serait l'intérêt ?), mais parce qu'ils vont dans le même sens que moi : Stuart Rothenberg dit que McCain a perdu et que ça va pas être joli pour les candidats républicains au Congrès, et le blog Culture11 remarque, dans un article que j'ai mentionné hier ou avant-hier, un Républicain annonçant un "bain de sang" après l'élection. Si vous cherchez à bien comprendre ce qui est en train de se passer, une explication assez simple : pour McCain, on évoque la prochaine guerre fratricide, en mettant en avant les conflits montant entre Palin et McCain. Pour Obama, on réfléchit à son prochain gouvernement et à la mise en place de sa politique. Une manière comme une autre de dire ce qu'on pense du statut de l'élection, sans vraiment le dire, histoire de ne pas être taxé d'être biaisé.
G
Les "queues de pie", ces appendices à vestes de mariage, se disent en anglais coattails, ou "queues de manteau". "Riding on someone's coattails", ou "s'accrocher au manteau de quelqu'un" signifie profiter du travail de quelqu'un sans en fournir soi-même. En politique, c'est donc se faire élire grâce à quelqu'un d'autre. En France, on pensera aux députés de la majorité élus après une élection présidentielle, dans la dynamique créée par le président élu. En Amérique, où toutes les élections ont lieu le même jour, cet effet est beaucoup plus prononcé.
Le processus des primaires est d'ailleurs en partie basé sur cet effet : les superdélégués démocrates ou leurs équivalents républicains sont les membres de l'establishment du parti, qui peuvent en partie tempérer l'ardeur des électeurs en choisissant un candidat qui n'est pas celui que les électeurs voulaient. Le choix de ces gens, bien souvent eux-mêmes candidats à des élections locales, est souvent assez simple : ils se rangent du côté du candidat qui leur donne le plus de chances de gagner leur propre élection. Un bulletin de vote américain regroupe toutes les élections, les nationales en haut, les locales en bas. On parle donc pour les candidats aux élections locales de "downballot", ou "en bas du bulletin".
Une des principales questions des primaires démocrates était donc : "Qui a le plus de coattails downballot, Hillary ou Barack ?" L'impression que c'était Obama, pouvant motiver plus de gens, en particulier les jeunes et les noirs, lui a apporté de nombreux soutiens qui à leur tour ont renforcé sa candidature.
Aujourd'hui, je le disais hier, de nombreux candidats démocrates sont entraînés par la candidature Obama. Au Sénat, où les sondages sont encore relativement nombreux dans les quelques élections disputées, Al Franken, l'ancien du Saturday Night Live, est passé devant Norm Coleman dans le Minnesota. Kay Hagan devance Liz Doyle en Caroline du Nord. Jim Martin rattrape Saxby Chambliss en Géorgie. Ronnie Musgrove est revenu au niveau de Roger Wicker dans le Mississippi. Brunce Lunsford s'est rapproché à quelques points de Mitch McConnell, leader du GOP au Sénat, dans le Kentucky. Jeff Merkley devance Gordon Smith dans l'Oregon... La plupart de ces sièges étaient considérés acquis aux Républicains pendant l'été, certains de leurs candidats ayant 20 points d'avance, ou plus. Maintenant, ils risquent la défaite. Ils s'ajoutent aux victoires prévues depuis plus longtemps de Mark Warner en Virginie, des cousins Udall, Mark et Tom, dans les états voisins du Colorado et du Nouveau-Mexique, de Jeanne Shaheen dans le Nouveau Hampshire, voire de Mark Begich dans l'Alaska, en particulier si Ted Stevens, son adversaire, perd le procès pour corruption ayant lieu en ce moment.
Dans la Chambre des Représentants, où les sondages sont plus rares et les sièges beaucoup plus nombreux, il règne une ambiance de mort chez les Républicains, comme je l'ai expliqué hier. Les prévisions pour le GOP sont les pires depuis le Watergate, et personne ne sait vraiment ce qui risque d'arriver. Et comme je l'ai déjà expliqué plusieurs fois, c'est ici qu'est le vrai suspense de cette élection.
Les conséquences d'un raz-de-marée démocrate downballot sur une administration Obama seraient nombreuses. La première est que de nombreux élus "special coattails" ayant été élus en grande partie grâce à Obama pourraient lui être d'autant plus fidèles, ce qui l'aiderait à appliquer sa politique et voter ses projets de loi rapidement et sans trop les modifier.
L'autre conséquence importante, en quelque sorte la symétrique de la première, est que si un parti peut surmonter une défaite, il risque d'exploser après une seconde (les élections de 2006 n'étaient pas bonnes pour le GOP), surtout si c'est une véritable déroute. Les Républicains ont commencé à rentrer dans le mode déchirement fraternel, entre les Bushistes, les McCainistes, les Palinistes, les autres, se renvoyant la balle les uns les autres, ce qui pourrait les rendre impuissants pour plusieurs années, facilitant encore le travail des Démocrates. Les différences entre les différentes factions du GOP sont de plus en plus visibles. Il faudra probablement aux Républicains repenser toute leur pensée pour récupérer le pouvoir, ce qui demande une guerre des chefs absolue, jusqu'à ce qu'un seul survive. Chez les Démocrates, certains en salivent d'avance.
En tout cas, pour moi, si l'équipe d'Obama fait des efforts pour convaincre les électeurs que ce sera serré et que tous doivent rester motivés, cela se comprend surtout dans cette optique. Les Démocrates cherchent à faire voter tous leurs sympathisants tout en laissant les Républicains se démotiver, afin de faire le plus de mal possible au GOP sur tout le territoire. Ne pas simplement battre l'adversaire, mais l'abattre, en quelque sorte...
G
Un détail pour commencer : dans les 10 prochains jours, même si je ferai des petits points pour vérifier que rien ne change, et que je continuerai à mettre à jour les écarts en un coup d'oeil, je vais partir du principe que Barack Obama va gagner l'élection, et m'intéresser un peu plus aux conséquences. En fait, je me dis que j'ai toujours un peu fait ça. L'élection a toujours été favorable aux Démocrates, et les choix stratégiques, en particulier le choix de Palin qui était un véritable quitte ou double, ne se comprennent que dans ce sens. Les conséquences sont très nombreuses, mais je vais rester sur les politiques, en particulier sur la possible reconstruction du paysage politique américain à long terme.
Pour beaucoup en France, l'élection d'Obama marquera la fin de la page George W. Bush. Même si c'est vrai, et si l'impopularité de Bush est un des 4 facteurs majeurs (avec la guerre et les crises financière et économique), la situation actuelle pourrait bien être plus que ça : la fin de l'ère Reagan.
En 1980 et 1984, Reagan a gagné très largement, porté par un rejet des politiques de Jimmy Carter, sur un programme conservateur inspiré de Barry Goldwater. Non seulement il a gagné 46 états en 1980 et 49 en 1984, mais il a surtout permis aux Républicains de récupérer le contrôle du Sénat, alors que les Démocrates contrôlaient les deux chambres du Congrès (Sénat et Chambre des Représentants) depuis 1954. Ceux-ci ont regagné le Sénat lors des élections de 1986, et ont gardé le Congrès jusqu'en 1994. Deux ans après l'élection de Clinton, sous l'impulsion de Newt Gingrich, les Républicains ont gagné les deux chambres du Congrès qu'ils n'ont réellement perdu qu'en 2006 (après une parenthèse en 2001-2002), en raison de l'impopularité de Bush et de la guerre en Irak, déjà. Le Sénat est maintenant à 49 R - 51 D (incluant deux indépendants, le socialiste Bernie Sanders et l'ex-démocrate pro-McCain Joe Lierberman) et la Chambre à 235 D - 199 R.
Après 26 ans dans la minorité, les conservateurs ont donc permis aux républicains d'avoir la majorité dans une ou deux chambres sur 18 des 28 dernières années, dont 12 avec un président républicain en même temps. Par opposition, les démocrates n'ont eu en même temps la présidence et au moins une chambre que 2 ans sur cette période. Aujourd'hui, ils ont peur que la présence d'Obama ne les renvoie dans l'obscurité.
J'ai évoqué la situation des élections au Congrès en détails, mais je l'ai écrite il y a plusieurs mois, et à part une modif ici ou là, je ne l'ai pas vraiment remise à jour. Pourtant, la situation le mériterait. La crise économique et les problèmes de la campagne de McCain ne profitent pas qu'à Obama. Les candidats démocrates au Sénat et à la Chambre se voient pousser des ailes, dans un contexte qui leur était déjà favorable. Pour certains conservateurs, il est impératif de laisser McCain perdre seul et se consacrer financièrement et au niveau du message uniquement aux candidats au Congrès. Une citation de l'article, donnée à l'auteur par un Représentant républicain, à propos de la Chambre :
"Il n'y a plus un siège républicain en sécurité dans le pays", il prévient. "Je ne veux pas dire que nous allons tous les perdre. Mais nous pouvons perdre n'importe lequel d'entre eux."
Au Sénat, ce n'est pas bien mieux. Nate donne un avantage à 8 démocrates cherchant à récupérer un siège, et 30 % de chances au parti à l'âne de laisser les républicains à 40 sièges au maximum. Sur electoral-vote, on a également un Sénat prévu à 59 D - 41 R et une Chambre à 252 D - 182 R (1 nul). Chez Pollster, ils mettent le Sénat à 57 D - 38 R plus 5 nuls (ou presque) et la Chambre à 245 D - 166 R et 24 nuls. Le Cook Report met le Sénat à 55 D - 39 R et 6 nuls, et la Chambre avec entre 258 et 263 Démocrates, pour 172 à 177 républicains.
Ce qui est maintenant parfois assez amusant, c'est que tous les Républicains essaient d'affirmer qu'il est dangereux de laisser aux démocrates la présidence et le congrès, donc toutes les commandes du pouvoir sans contrôle réel. C'est-à-dire que McCain part du principe que le Congrès sera démocrate pour dire qu'il faut voter pour lui, et les sénateurs et représentants républicains demandent aux électeurs de voter pour eux car de toutes façons, Obama sera président. De toute évidence, ce n'est pas de très bonne augure pour tout le petit monde conservateur...
La composition du Congrès aura une importance énorme pour la politique du président Obama, j'y reviendrai donc ici régulièrement.
G
Les sondages du jour sont un peu moins mauvais pour McCain que ceux d'hier. Je ne sais pas si ça aurait pu être bien pire tout en conservant un peu de crédibilité. Par contre, l'atmosphère est impossible pour les Républicains. Ils ne savent pas comment aborder le moindre point, tout ce qui marche pour eux d'habitude se retourne contre eux.. Moins ça marche, plus ils essaient, et plus ils forcent et plus ça se retourne contre eux.
On se rappellera probablement après coup que ce qui a perdu McCain, en plus des conditions économiques et du rejet des Républicains en général, c'est l'utilisation des tactiques Roviennes. Les attaques répétées, le choix de Palin, la "suspension" de sa campagne, et son comportement "erratique", comme dit Obama, n'ont pas été appréciés du tout. Il a perdu son attrait pour les modérés qui étaient sa base électorale ; il a mis tous les journalistes, même ses amis et sympathisants comme Joe Klein du Time, contre lui.
McCain n'est pas le seul. Récemment, une Représentante du Minnesota, Michelle Bachmann (dont on appréciera les positions sur les émeutes en France), interviewée par Chris Matthews de MSNBC, est partie dans un monologue incroyable, enfilant l'un après l'autre tous les poncifs anti-Obama de la campagne et terminant sur un appel à enquêter sur les enquêtes anti-américaines des membres démocrates du congrès, ou quelque chose du genre. Le résultat, c'est que des centaines de milliers du dollars ont afflué de tout le pays pour aider son adversaire, et cette femme qu'on pensait à peu près sure de gagner a été abandonnée par son parti, qui la verrait perdante. Si la leçon de cette élection est que les pubs négatives ne marchent pas, ça serait une autre grande nouvelle.
A propos de grande nouvelle, il paraît assez naturel en ce moment de se dire "8 ou 10 points d'avance pour un candidat,, plus de 350 grands électeurs, ce n'est pas possible", je voudrais juste rappeler à tous ceux qui ne s'intéressent à cette élection que depuis 2000 qu'avant Bush fils, c'était plutôt la norme que l'exception. Rappel :
Année | Vainqueur | Marge (% vote) | Marge (GE) |
2004 | Bush | 2,5 | 37 |
2000 | Bush | - 0,5 | 5 |
1996 | Clinton | 8,5 | 220 |
1992 | Clinton | 5,5 | 202 |
1988 | Bush | 7,5 | 315 |
1984 | Reagan | 18 | 512 |
1980 | Reagan | 10 | 440 |
1976 | Carter | 2 | 57 |
1972 | Nixon | 23 | 503 |
1968 | Nixon | 1 | 110 |
1964 | Johnson | 23 | 434 |
1960 | Kennedy | 0,2 | 84 |
Sur les 50 dernières années (période moderne, depuis l'apparition de la télévision), Bush Jr. a tout simplement gagné les deux élections les plus serrées, en tout cas en terme de collège électoral. 2004 a vu un écart en voix plus important que 1976 ou 1960, ou Kennedy a gagné de trois fois rien. Mais dans ces deux cas, la carte des démocrates était assez solide. Aucun état pouvant permettre de faire basculer l'élection n'a été vraiment serré, comme l'ont pu être la Floride en 2000 et l'Ohio en 2004.
L'écart moyen sur ces 12 élections a été de 8,5 %... quasi exactement l'avance moyenne calculée par Pollster.com au moment où j'écris ces lignes. Sur les 538 grands électeurs, le gagnant en a eu en moyenne 388, soit juste 13 de plus que ce que lui donne la carte de Intrade. Autrement dit, la victoire d'Obama qui s'annonce n'est large que par rapport à l'histoire très récente, sinon elle paraît assez normale, et n'a rien de choquant. Ce n'est pas Hollywood qui écrit le script des élections, tout peut très bien être décidé plusieurs jours avant le 4 novembre.
Pour les détails sur les écarts actuels, j'ai remis à jour les écarts en un coup d'oeil.
G
La possible tactique de McCain s'il espère encore gagner cette élection dont j'ai parlé ces deux derniers jours, passe quand même par un minimum syndical : il ne faut pas perdre plus de terrain, en particulier dans les états républicains. Du coup, certains des sondages du jour (pas tous, mais vraiment plus que d'habitude) sont particulièrement calamiteux pour les Républicains. Voici les pires, avec une comparaison avec 2004 :
Etat | Sondage 23/10/08 | Résultat 2004 | Différence |
Floride | Obama +7 | Bush +5 | +12 |
Pennsylvanie | Obama +13 | Kerry +2 | +11 |
Montana | Obama +4 | Bush +20 | +24 |
Minnesota | Obama +19 | Kerry +3 | +16 |
Wisconsin | Obama +13 | Kerry +0,4 | +13 |
Indiana | Obama +9 | Bush +21 | +30 |
Iowa | Obama +13 | Bush +1 | +14 |
Michigan | Obama +22 | Kerry +3 | +19 |
Ohio | Obama +14 | Bush +2 | +16 |
Géorgie | McCain +2 | Bush +17 | +15 |
Virginie* | Obama 10 | Bush +8 | +18 |
* Je triche un peu pour la Virginie : il est sorti hier.
Je répète que ce sont les pires sondages du jour, la plupart sont probablement très excessifs, et Nate les voit plutôt comme le résultat "dans le meilleur des cas" pour Obama. Si vraiment Obama a près de 10 points d'avance dans l'Indiana, c'est la bérézina chez les Républicains. McCain pourrait dépenser des centaines de millions de dollars sans avoir la moindre de chance de revenir. D'ailleurs, les Républicains se préparent aussi à des scénarios catastrophes pour le Sénat et la Chambre des Représentants.
Dans cette configuration, dont il faut admettre pour l'instant qu'elle paraît très excessive, compter les grands électeurs par état n'a pas vraiment d'utilité. Voici un graphe qu'avait réalisé Nate, montrant d'après ses calculs la probabilité de gagner l'élection, donc plus de 270 grands électeurs, en fonction de la marge dans l'électorat national. Conclusion : si un candidat gagne de plus de 1 %, il est très largement favori.
Obama est chez Pollster.com à près de +8, ce n'est même pas sur le graphe. Si on suppose que McCain peut encore se rapprocher de quelques points, et si on imagine qu'un effet Bradley vienne faire baisser les chiffres d'Obama un peu plus (je n'y crois pas une seconde), et qu'on se retrouve simplement le soir du 4 novembre à Obama +2, ça lui donne encore 90 % de chances de gagner. Dans un autre graphe, il avait calculé qu'un écart de +8 % pour Obama représentait en moyenne environ 360 grands électeurs, soit les deux tiers du total.
Les sondages nationaux à +8 sont déjà assez fantastiques en soi, mais si les sondages par état du jour sont des signes de ce qui est à venir... j'ai du mal à cerner toutes les conséquences, en particulier "downballot", c'est-à-dire sur les autres élections. Je me demande si les Républicains arrivent à dormir...
G
Ce qui est bien avec une campagne aussi fortement suivie que celle-ci, c'est qu'il suffit de poser une question pour avoir plusieurs réponses dès le lendemain. Donc continuons à étudier la question : pourquoi McCain paraît-il tout jouer sur la Pennsylvanie, alors que les sondages le donnent pour l'instant perdant de près de 10 points ? Certains éléments de réponse ont été abordés sur ce site hier, d'autres sont nouveaux. Je vais tout reprendre, par simplicité.
• Plus serré que supposé
Apparemment, de nombreux spécialistes pensent que les écarts en Pennsylvanie sont surestimés (et l'équipe McCain semble accepter cette hypothèse). Je ne comprends pas trop l'argumentation développée, qui paraît simplement être "ici, c'est pas comme ailleurs". Historiquement ceci, à mon avis cela, il ne faut pas croire les sondages... D'un côté, je ne vais pas prétendre mieux connaître la Pennsylvanie, où je n'ai jamais foutu les pieds, que des gens qui y ont l'expérience de précédentes campagnes électorales. D'un autre côté, ce qu'ils disent paraît plus fantaisiste qu'autre chose. Plus intéressant, la nouvelle selon laquelle un sondage interne des démocrates ne donnerait un écart que de 2 points, ce qui, si confirmé, justifierait une attaque sérieuse. Par contre, comme le rappelle Nate, un sondage interne n'est pas forcément meilleur qu'un sondage privé. Il permet de poser les questions qui intéressent vraiment les politiciens, mais ils n'ont pas une meilleure précision.
• Une vraie tactique
Nate renvoie à un article détaillé d'Al Giordano, qui présente plusieurs arguments intéressants. L'un d'entre eux est que McCain est tellement bas dans les sondages dans cet état qu'il ne peut probablement que remonter. En annonçant que tout se jouera sur la seule Pennsylvanie, et en mettant le maximum de ressources dans cet état, McCain a des chances de réussir plusieurs choses à la fois :
1- Remonter dans les sondages en Pennsylvanie. C'est le but premier. Si ça ne marche pas, rien derrière ne fonctionne.
2- Mettre la Pennsylvanie sous le feu des projecteurs. C'était une tactique plutôt réussie par Hillary Clinton lors de la fin des primaires : elle mettait l'accent sur les états quil'avantageaient, affirmant que c'est "là" que tout se jouerait (là = Ohio, Texas puis Pennsylvanie, déjà, et Indiana, où ça s'est retourné contre elle), incitant les médias à mettre ses victoires plus en avant que ses défaites. En mettant l'accent sur un état où il pense gagner du terrain, McCain pourrait espérer créer une nouvelle dynamique.
3- Se servir de cette dynamique pour remotiver son électorat dans tous les USA. Dans cette optique, le retrait des états importants comme le Colorado ou le Wisconsin ne serait que temporaire, le temps de créer cette dynamique, avant de relancer une offensive "nationale" dans les derniers jours avant le scrutin (ça demande à aller vite, il reste moins de deux semaines, et personne ne les aide).
• Ressortir les vieux fantômes
Selon Nate et Giordiano, chercher une remontée forte et visible demande de ressortir le Révérend Wright du placard (le pasteur noir d'Obama, dont il était proche, et dont certains propos apparemment racistes et/ou anti-américains ont choqué les Américains), et donc implicitement de chercher à faire jouer les sentiments raciaux contre Obama. McCain avait dit il y a plusieurs mois qu'il ne le ferait pas, mais Palin et Rick Davis, le "meilleur ami" des McCain d'après Cindy, ont abordé le sujet récemment. Mais contrairement à mars, où Wright n'était pas connu et Obama avait le devoir de répondre à des questions, une telle attaque serait maintenant vue et comprise comme une ruse, une diversion.
Il y a un fort risque qu'une telle tactique leur pète à la gueule, évidemment. Mais il faut bien qu'il fasse quelque chose, et tous les éléments vont en ce moment contre lui (Charles Cook en liste 6 : 1- jamais un écart aussi important n'a été remonté aussi tard ; 2- le vote a déjà commencé fortement et avantage Obama ; 3- il y a beaucoup plus de Démocrates qu'en 2004 ; 4- avantage financier ; 5- pas d'effet Bradley depuis 15 ans ; 6- Obama mène dans tous les états importants). Evidemment, c'est une tactique de plus, pour une campagne qui en a déjà connu beaucoup.
Pour finir, quelques éléments sur les modèles d'électeurs "probables". Mark Blumenthal, de Pollster, pense que dans l'ensemble, à peu près tous ont fait en sorte de pouvoir prendre en compte l'augmentation de participation attendue cette année chez les jeunes et les noirs. D'un autre côté, sans être complètement en désaccord, Nate montre que deux types de modèles existent, que certains semblent incohérents, et ils ont tendance à favoriser McCain. Deux articles très intéressants, comme à peu près tout ce que ces deux-là écrivent.
G
Même si Obama a plus d'avance que beaucoup imaginaient possible, la dynamique de l'élection n'est pas aujourd'hui fondamentalement différente de celle prévue depuis le début de la campagne. Ainsi, j'avais décrit en juillet la carte électorale par rapport à celle de 2004. A l'époque, il avait manqué 18 grands électeurs à Kerry pour gagner (286-252, carte electoral-vote).
On peut supposer que les états les plus à même de basculer sont ceux qui étaient déjà proches à l'élection précédente. On ne s'étonnera donc pas qu'Obama annonce vouloir "conquérir" le Nevada, le Colorado, le Nouveau-Mexique, l'Iowa, le Missouri, l'Ohio, la Floride et la Virginie, c'est-à-dire tous les états ayant voté pour Bush par moins de 10 %, sauf l'Arkansas, où les ... sentiments des habitants envers le premier candidat noir sont, disons, mitigés, pour être poli. De la même manière, McCain visera a priori plus particulièrement l'Oregon, le Minnesota, le Wisconsin, le Michigan, la Pennsylvanie et le New Hampshire.
Voyons la carte d'aujourd'hui (du même site, pour simplifier la comparaison). Tous les états évoqués se sont rapprochés d'Obama (sauf l'Arkansas, donc), qui est maintenant estimé à 364-171. Des états de Kerry que McCain voulait contester, seul le New Hampshire est à moins de 10 points, et il ne vaut que 4 EV. Des états de Bush à la portée d'Obama, l'Iowa et le Nouveau-Mexique sont complètement hors de portée de McCain (NM plutôt pour des raisons démographiques, IA pour des raisons surtout politiques ; Obama y avait participé à une très longue primaire qu'il a gagnée, alors que McCain l'avait zappée). Avec ces deux états, Obama serait à 264 EV, il ne lui manquerait que 6 EV pour gagner, et 6 états au choix qui pourraient les lui apporter (CO, MO, OH, VA, NC, FL, alors que NV amènerait à un match nul très improbable). Un seul dans sa besace, et il est président.
Pour McCain, la situation est impossible, mais il est obligé de faire de son mieux. Dans 4 de ces 6 états (OH, FL, MO, NC), il est au contact. Paradoxalement, la meilleure stratégie est de les ignorer. Avec 6 points de retard en moyenne dans les sondages, il ne peut pas espérer gagner, quoiqu'il arrive. Il est obligé d'espérer (et d'essayer de provoquer, évidemment) un resserrement national, qui est peut-être en train de se produire, jusqu'à n'avoir plus que 2 ou 3 points de retard. Dans ce cas-là, il peut espérer récupérer tous les états "bleus et blancs". S'il réussit à faire ça, les deux états les plus importants deviennent le Colorado et la Virginie, dans lesquels il est obligé d'attaquer franchement. Ce n'est pas gagné : il a près de 10 points de retard en Virginie, environ 7 dans le Colorado.
L'autre solution est l'offensive : chercher un état de Kerry qui reste gagnable et puisse compenser les pertes possibles de la Virginie et/ou du Colorado. Où estime-t-il qu'il a encore ses chances ? En fait, il semblerait que la campagne McCain ait été réduite ou arrêtée dans le Michigan, dans le NH et le Wisconsin (et même dans le Colorado ! CNN l'avait déjà dit, mais il avait démenti). Quelles possibilités restent-t-il ? Deux uniquement, le Minnesota et la Pennsylvanie. MN est chez Pollster à +7 pour Obama, et la Pennsylvanie à +10 environ. Pourtant, la tactique de McCain semble être : tout sur la Pennsylvanie ! Je suppose qu'entre le poids des deux états et leurs sondages internes, ils se pensent plus proches que les sondeurs veulent bien le croire. Mais enfin :
A l'heure où je vous parle, Nate donne 2 % de chances à McCain de gagner la Pennsylvanie.
Ce n'est pas la première fois que les choix des états où McCain fait campagne sont peu comprises. On lui a récemment reproché de perdre du temps dans l'Iowa, par exemple. Mais comme le disent certains, il faut bien qu'il aille quelque part. Je ne vais pas trop le critiquer : s'il voulait se consacrer aux états qui lui donnent une chance raisonnable de gagner, il peut tout de suite partir en vacances...
Sinon, avant de finir, si vous voulez quelques lectures intéressantes sur le monde des sondages, je vous conseille cet article, assez long, ainsi que celui-ci, plus synthétique, et celui-là, plus court et provocateur.
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J'ai remis à jour les écarts en un coup d'oeil. Pour résumer, Obama est de plus en plus favori, alors même que les sondages se resserrent. Mais l'élection étant dans seulement deux semaines, ça paraît trop peu et trop tard pour McCain. Et ça ne devrait pas empêcher l'explosion du GOP.
Le GOP, ou Grand Old Party, est le surnom du Parti Républicain, le parti à l'éléphant (les Démocrates étant représentés par un âne, pour ceux qui n'ont jamais compris le logo du site). Parti de Lincoln, d'Eisenhower, de Reagan, le GOP représente une longue et parfois belle histoire ; c'était ainsi le parti s'étant opposé à l'esclavage. Mais c'est aussi le parti de Nixon et de George W. Bush, qui partagent l'honneur d'avoir momentanément ruiné les chances de leur parti.
En France ou ailleurs à l'étranger (bonjour aux Belges), Bush est généralement tellement détesté depuis 8 ans qu'on ne se rend même plus compte de l'ensemble de ce qu'on lui reproche (sans même parler des élections discutées). Guerre injustifiée en Irak incluant de nombreux mensonges, fuites dans l'Affaire Valerie Plame, utilisation de la torture, écoutes secrètes et illégales des communications privées, licenciements massifs illégaux au Département de la Justice... Quand on sait que le rôle officiel du Président des USA est la protection de leur constitution, l'absurde illégalité du gouvernement des 8 dernières années est extraordinaire. La figure suivante montre certains des plus importants scandales, et le rôle supposé des membres de l'administration Bush. La version interactive est ici.
Aux élections de 2006, le GOP s'est pris une rouste, au point que personne n'envisageait qu'ils puissent en récupérer une autre deux and plus tard. Et pourtant, grâce au mécontentement et à la crise économique, la prochaine s'annonce encore pire. Historiquement, deux facteurs principaux prédisent assez bien le résultat des élections américaines : la popularité du président sortant et l'état de l'économie. Pour cette raison, depuis des mois, mais c'est encore pire maintenant, tout le monde s'attend à quelque chose de grave côté GOP. Dans certains élections partielles en ce début d'année, leurs candidats ont fait 20 points de moins que les scores habituels. Par conséquent, beaucoup de Républicains ont prévu depuis longtemps une défaite, et préparent plutôt la reprise du parti, ce que j'avais déjà écrit il y a plusieurs mois.
Pour ses faiblesses de président, Bush était un candidat très fort, qui avait réussi à rassembler autour de lui ce que je qualifierai comme les 3 principales ailes du GOP : les conservateurs fiscaux (taxes faibles, économie avant tout), les conservateurs sociaux (évangélistes, anti-avortement, créationnistes, pour caricaturer), et les néoconservateurs attachés à une politique étrangère volontariste. Chacun de ces trois courants pouvait voir un candidat important plus proche de leurs intérêts : Romney pour les fiscaux, Huckabee pour les sociaux, McCain pour les militaristes, mais c'est plus son attrait chez les modérés qui l'a fait gagner.
Des hommes comme Romney et McCain ne s'aiment pas, mais politiquement, ils peuvent s'entendre, comme les courants qu'ils représentent. Mais si Huckabee est un homme chaleureux et sympathique, malgré certaines positions plus que problématiques, un des courants du GOP s'est écarté depuis une vingtaine d'années de plus en plus vers la droite, au point d'être parfois en guerre ouverte avec le reste du parti, qu'ils appellent RINOs, ou "Republicans In Name Only", ou "Républicains seulement par le Nom". Le conflit entre les modérés et les radicaux dans l'état du Kansas est présenté en détails dans "What's the Matter With Kansas?", de Thomas Frank. Il est tel qu'il a permis, dans un état très fortement Républicain, l'élection d'une gouverneur démocrate, Kathleen Sebelius (prochainement dans l'administration Obama), alliée aux modérés contre les Républicains radicaux.
Beaucoup d'analystes prévoyaient que le GOP se déchirerait après l'élection. Le comportement de McCain les y aidera : ancien modéré récemment allié de l'aile droite, chaque camp pourra mettre sur l'autre la responsabilité de la défaite. Au coeur des accusations, Sarah Palin. Elle-même évangéliste radicale, sous-utilisée et réelle star républicaine pour les uns, preuve de l'hypocrisie de McCain pour les autres, elle représente personnellement le conflit entre les deux camps. Moins que la cause, elle est l'étincelle qui est peut-être en train de faire exploser le GOP.
Ainsi, la condamnation ferme de Palin par Powell hier montre tout ce que pensent les vrais modérés des radicaux. Mais Powell n'est pas seul. Il est très populaire et beaucoup de modérés, même des néoconservateurs, se rangent derrière Obama. Christopher Buckley, fils de Bill Buckley, père fondateur du conservatisme moderne, s'est fait renvoyer du journal fondé par son père pour avoir soutenu Obama (un peu de détails ici, dans un article sur le même thème que le mien et évidemment beaucoup plus détaillé et sans les approximations). De nombreux journaux de droite, ayant soutenu Bush en 2000 et 2004, soutiennent maintenant Obama. En 2004, les grands journaux s'étaient divisés 213 Kerry - 205 Bush. Cette année, on en est à 112 Obama - 39 McCain. Chez à peu près tous, un refrain : le choix de Palin sert de preuve à charge. Le premier vrai choix politique important de McCain, et il est jugé non seulement raté, mais catastrophique. Même certains journaux classés très républicains abandonnent McCain pour Obama. Pour rappel, j'avais écrit que McCain avait perdu... le jour où il a choisi Palin.
Alerte à la Politique-Fiction : Il est tout à fait envisageable que le GOP explose, les modérés se rapprochant d'un parti Démocrate se recentrant derrière un Obama centriste et pragmatique, et les radicaux reprenant l'appareil, annonçant alors une longue période de vaches maigres. Les Démocrates attendent avec impatience la guerre ouverte chez les Républicains, qui pourraient les laisser travailler tranquillement. Mais ils doivent se rappeler que la dernière fois n'avait pas été très bonne : Carter, élu pour soigner les USA de la plaie Nixon, avait fortement déçu, et laissé la voie ouverte à Reagan et à la révolution conservatrice. Et si le Parti Républicain devenu extrême prend le pouvoir grâce à une mauvaise gestion démocrate et une alternance naturelle, alors... pour nous, le pire serait à venir (Palin 2012 ?)
GDeux grandes nouvelles aujourd'hui, et retour sur un mini-événement dans le mini-monde de l'estimation chiffrée des sondages et des marchés prédictifs.
• Si les républicains modérés militaires ne votent pas McCain, qui le fera ?
La première grande nouvelle, c'est l'annonce que Colin Powell votera pour Barack Obama. Si en soi ce n'est pas une surprise (on le dit depuis des mois), la manière est très étonnante. Le sachant invité sur Meet the Press, l'émission politique phare de NBC, on se doutait qu'il ferait passer un message pour Obama, mais on pensait qu'il ferait une annonce plus implicite qu'explicite. Non seulement son soutien a été très explicite, mais il est d'autant plus marqué qu'il est longuement expliqué, détaillé, aussi bien dans ce qui l'a attiré chez Obama que ce qui l'a gêné chez McCain et surtout dans le Parti Républicain, qu'il accuse de s'être écarté sur la droite. Une des raisons principales est le choix de Palin, que beaucoup de journaux habituellement de droite reprochent également à McCain, et qui les motive aussi à soutenir Obama.
Powell est un rare républicain modéré, très connu et populaire, que beaucoup pensaient voir lui-même candidat à la Maison Blanche. Dans cette catégorie, je ne le classe qu'avec... John McCain. Tout le monde est d'accord pour dire qu'il ne bougera ni démocrates (qui lui reprochent sa complicité lors du début de la guerre en Irak) ni républicains, mais son impact sur les indépendants, ces centristes attachés à la sécurité nationale et inquiets à cause de l'inexpérience d'Obama, pourrait être très fort, même si certains en doutent (Pour Ambinder, le nombre de gens concernés est probablement très faible). D'une manière simple, on ne sait pas trop si un soutien politique peut être efficace, mais s'il en est un qui peut l'être, c'est celui-là, et de cette manière. Il faut le voir déconstruire l'argumentaire des Républicains, et garantir les qualités d'Obama, dans l'émission comme après, pour évaluer le coup porté à McCain.
Les
réponses républicaines à un tel soutien sont difficiles, mais pour
connaître les points de vue républicains, il suffit d'aller chez
Matt Drudge.
En une ce soir, je paraphrase : "on s'en doutait depuis longtemps",
"qui se ressemble s'assemble", et "Powell ne va pas faire campagne pour
Obama". Mais les réponses raciales sur un individu aussi respecté que
Powell pourraient très facilement se retourner
contre ceux qui les portent.
A voir maintenant si le scénario catastrophe que je décrivais il ya plus de 10 jours rend cela un peu plus difficile, mais pas impossible. , le soutien de Powell à Obama suivi l'abandon de McCain par les Sénateurs ou Représentants modérés en raison de ses attaques excessives (et surtout de leur effet sur leurs propres sondages), va se réaliser. Le temps passéEn tout cas, depuis ce jour, sans avoir "répudié" McCain, Norm Coleman, sénateur républicain du Minnesota, a publiquement annoncé son abandon des publicités négatives.
• Le soutien de Powell est-il pour McCain la pire nouvelle de la journée ?
Voici ce que j'avais écrit lundi soir :
D'ici quelques jours, on saura la quantité d'argent qu'Obama a récoltée en Septembre, c'est un chiffre d'une extrême importance. Il permettra de savoir si Obama va continuer à pousser John McCain dans les cordes en continuant à dépenser beaucoup plus que lui. Déjà qu'il est très loin devant dans les sondages, ça va commencer à paraître un combat très inégal...
On a eu la réponse aujourd'hui : 150 millions (au moins, les détails ce lundi). Pour rappel, avant 2008 le record était de 44 millions pour Kerry en mars 2004. Pour Obama, son précédent record était 66 millions en août, et avant ça 52 millions en février. Et pour comparaison, John McCain, en acceptant le financement public de sa campagne, est limité à 84 millions entre sa nomination début septembre et l'élection. Obama aura bientôt récolté cette année plus d'argent (600 millions) que Bush et Kerry combinés en 2004 (684 millions), et près du double de Bush et Kerry en 2000 (350 millions).
Entre le soutien pour Obama du plus populaire des Républicains non nommés McCain et le record financier, il plane un sentiment d'inévitabilité : c'est à peu près certain qu'Obama sera le prochain président des USA. Les journalistes n'osent pas le dire directement, mais commencent à dire qu'ils se préparent à une soirée électorale courte, c'est-à-dire à une victoire large et facile d'Obama, qui rend la couverture à la télévision compliquée : comment dire qu'un candidat est élu alors qu'il reste des heures pour les électeurs de la côte Ouest ? Par contre, il est difficile d'annoncer clairement un vainqueur ; l'exemple de Truman devenu président alors que certains journaux le donnent perdant (bienvenue dans la postérité, Chicago Daily Tribune) reste en travers de la gorge de la profession.
• Certains ont de l'argent à perdre
Les marchés prédictifs sont décrits sur ma page sur les écarts, et j'utilise les valeurs du plus connu, Intrade, sur la page principale (à droite) et sur les écarts en un coup d'oeil. Pourtant, je ne les suis pas au quotidien. Je sais simplement qu'on dit qu'ils sont en général meilleurs pour déterminer le résultat d'une élection que les sondages. Pour résumer, on peut acheter une action correspondant à un événement ("Obama va gagner" ou "l'économie US va rentrer en récession en 2008") à un cours donné, qui vaudra 100 si l'événement se réalise et 0 sinon. A un instant précis, le cours donne approximativement la probabilité que l'événement donné se réalise. Ainsi, aujourd'hui, le "marché", donc les gens qui jouent, estiment qu'Obama a 84 % de chances de gagner. J'étais quand même un peu déçu : Intrade avait plutôt tendance à suivre les sondages qu'à les anticiper.
Mais un autre problème est arrivé récemment, d'abord flairé par Nate il y a près d'un mois : certains mouvements avaient l'air frauduleux, et les actions "McCain président" semblaient artificiellement poussées vers le haut (comme celles d'Hillary Clinton !), celles d'Obama vers le bas. A priori, cela semble idiot : le fonctionnement d'un marché prédictif implique que tous doivent avoir leur propre intérêt financier en tête, un écartement à la normale implique une perte d'argent, par exemple en achetant des contrats beaucoup plus chers que leur valeur réelle. On a donc eu une réponse officielle de la compagnie après une enquête interne : un parieur unique (plutôt une organisation qu'un particulier, apparemment) causait artificiellement des écarts majeurs entre Intrade et d'autres marchés équivalents, et montrait un cours excessif à l'action McCain.
La compagnie affirme après un entretien que ce parieur unique agissait en bonne foi, cherchant à couvrir la possible perte dans certains paris en jouant sur d'autres. Mais considérant l'importance de ce pari particulier, il est évident qu'on cherchera à y voir l'effort de partisans cherchant à remonter l'image de McCain, quitte à y payer un prix important.
Je vais me demander un bon moment pourquoi je n'ai pas joué Obama à ce moment, lorsqu'il était artificiellement sous-estimé...
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