Tout le monde sait maintenant que John McCain devance Barack Obama dans les sondages nationaux, de 2 à 3 points environ, dépendant des manières de compter. Bien que ce soit, quantitativement parlant, la meilleure nouvelle pour les Républicains depuis des lustres, je vais essayer ici d'expliquer en quoi ça ne présage pas forcément que des bonnes choses pour McCain.
L'avance de McCain dans les sondages quotidiens (Gallup, Rasmussen, Diageo maintenant, d'autres commencent à arriver) semble être assez stable depuis près d'une semaine. Bien que rien ne soit certain, surtout compte tenu des retours de plus en plus sévères sur les mensonges de McCain-Palin, je ne pense pas que l'écart puisse augmenter beaucoup plus pour l'instant (après les débats, tout est possible en cas de loupé sérieux d'un des candidats). Malgré l'enthousiasme pour Palin, la couverture médiatique incessante (même si pas toujours positive), et la pub d'une semaine de la convention républicaine, John McCain n'arrive pas à dépasser ces 3 points environ, alors qu'Obama était monté à +6 environ. Cela peut être interprété comme la preuve que plus d'Américains sont certains de voter Obama que McCain. Les indécis peuvent se retrouver d'un côté ou de l'autre. Quand ils sont plutôt vers Obama, il gagne largement, quand ils penchent vers McCain, il gagne de peu. S'ils se partagent moitié-moitié, on retrouver ce qui a été le point d'équilibre jusqu'à maintenant, une avance d'environ 1 ou 2 points pour Obama, vers lequel je ne serais pas surpris qu'on revienne avant les débats.
Si cette hypothèse est correcte, elle signifie essentiellement que l'on est actuellement dans une configuration optimale pour McCain, qu'étant en haut de sa vague de la convention, il ne peut pas monter beaucoup plus haut. Que devient alors la carte des sondages par état ? Montre-t-elle aussi une domination de McCain ? En fait, pas vraiment. Comparons, via electoral-vote.com, la carte de ce dimanche avec celle de la semaine précédente, quand Obama avait sa plus importante domination. Pour le 8 septembre, on a Obama 301 - McCain 224, pour 13 grands électeurs de Virginie non attribués (égalité) :
Et ce dimanche 14 :
On a maintenant Obama 268 - McCain 270. Chez RealClearPolitics, on a Obama 273 - McCain 265 (mais étrangement, ça fait environ 3 semaines que ça n'a pas changé. En ne comptant pas les états les plus serrés, on est passé de ). On voit sur les cartes de réels progrès de McCain. Il s'est renforcé dans plusieurs états qui penchaient vers lui (Montana, Dakota du Sud, Floride, Caroline du Nord, Virginie), en a pris d'autres à Obama (Nevada, Nouveau-Mexique, Dakota du Nord, et surtout Ohio), et enfin s'est rapproché d'Obama dans certains de ses "bastions" (Washington, Minnesota, Michigan, Pennsylvanie, mais Colorado également). Or, s'il n'arrive pas à renverser au moins un de ces 5 états, il reste au coude-à-coude avec Obama. Donc qu moindre resserrement national, il peut perdre tous ces états qu'il vient juste de récupérer, et n'importe lequel d'entre eux fait repasser Obama en tête.
Autrement dit et pour résumer, si on est bien au sommet de la vague post-convention de McCain (j'insiste, c'est important), alors il aura du mal à faire mieux qu'une sorte de match nul, ou presque. Il a besoin d'améliorer encore ses chiffres, de convaincre plus de gens, et les débats seront essentiels pour ça. Pour le reste, l'élection se jouera sur la participation au vote, et on évoquera très bientôt ce sujet, et on expliquera pourquoi l'équipe Obama semble être le seul ilot à ne pas être alarmé par l'avantage de McCain.
Pour expliquer pourquoi McCain peut être clairement devant sur la nation, mais pas sur le nombre de grands électeurs, un petit commentaire, chiffres à l'appui, toujours chez electoral-vote.com : McCain a surtout gagné dans le Sud et la côte Est, qui ne sont pas des zones d'affrontement important, l'Ouest est resté stable, et le très important Midwest s'est rapproché d'Obama. En fait, on est passé d'une élection post-partisane, où on se vante des efforts rassemblant les deux partis, à une élection hyper-partisane "nous-contre-eux" classique du Bushisme, et plus généralement des USA depuis Nixon et Reagan. La nouvelle tactique de McCain, Palin en tête, semble être de recréer les guerres culturelles des années 60, qui divisent le pays. Cette division a tendance à lui donner beaucoup de partisans "inutiles" dans des zones qu'il va gagner sans problème, et donc à lui gonfler ses scores nationaux par rapport à la carte électorale.
Le journal le plus lu des USA ? J'exagère, mais depuis le 30 août 2008, un journal quasi-inconnu auparavant est devenu une des références principales des journalistes traitant la campagne présidentielle : l'Anchorage Daily News, ou ADN, le principal journal de l'Alaska. C'est le journal qui connaît le mieux Sarah Palin et tous les "scandales" plus ou moins réels la concernant. Ainsi, aujourd'hui, deux nouvelles pas très bonnes pour la gouverneur de l'Alaska : le Sénat a assigné son mari à comparaître dans l'affaire dite du Troopergate. Pour résumer pour ceux qui n'ont pas suivi, Palin est accusée d'avoir abusé de son pouvoir de gouverneur en renvoyant Walt Monegan, responsable des forces de l'ordre locales, les troopers, parce qu'il refusait de renvoyer le trooper Mike Wooten, un type pas très clair au milieu d'un divorce très tendu avec la soeur de Palin. On la soupçonne d'avoir exercé ou fait exercer des pressions sur Monegan. Ces pressions semblent maintenant avérées, reste à savoir si Palin les a ordonnées ou était au courant. Elle-même aurait pu être assignée à comparaître, mais les démocrates d'Alaska semblent ne pas vouloir déclarer une guerre totale, et espèrent que Palin viendra témoigner d'elle-même.
Cette assignation, ou "subponea", n'est pas une très bonne nouvelle, alors que premier tiers de la première interview de Palin avec Charles Gibson d'ABC confirme que certains détails relativement importants de politique international lui sont inconnus et que les médias commencent à la critiquer pour répéter qu'elle avait elle-même mis fin au financement du "Bridge to Nowhere", et plus généralement qu'elle se battait contre les "earmarks"*, comme McCain dont c'est le cheval de bataille, alors qu'elle en a largement profité en tant que maire de Wasilla puis gouverneur de l'Alaska. Dernière nouveauté, grâce à l'ADN encore : Palin a été pour un autre "Bridge to Nowhere", encore plus cher que le premier, et à Wasilla faisait facturer aux victimes de viol les tests médicaux.
Ca pourrait être le commencement de la fin de la "vague" McCain, surtout si vous ajoutez à ça le début d'une "révolte" des médias face aux publicités généralement mensongères de McCain, en particulier après deux spots récents, pour des raisons très différentes. Le premier utilisait de manière trompeuse un message d'un site... vérifiant la véracité des publicités politiques ! Le second, de manière beaucoup moins amusante, présentait un vote d'Obama comme ayant pour but d'enseigner l'éducation sexuelle aux enfants de maternelle, alors qu'il s'agissait d'informer les enfants des risques des prédateurs sexuels. Il me semble qu'entre le ridicule de l'un et l'excès graveleux de l'autre, on a dépassé une certaine limite que les journalistes étaient prêts à tolérer. Le traitement de McCain dans The View aujourd'hui, non pas avec des journalistes mais des animatrices (connues, incluant Woopy Goldberg), semble prouver que l'accusation de mensonge est en train de passer dans la conscience collective.
*Earmarks : Techniquement, ce sont des dépenses rajoutées par le Congrès à des projets fédéraux existants. Si beaucoup de programmes essentiels pour les américains (aides pour Israël, financements d'hôpitaux, etc.), sont financés de la sorte, ils sont surtout connus pour être des dépenses sans contrôle très sérieux, et représentent pour beaucoup d'américains la culture de la corruption de Washington, en particulier sous le nom de "pork barrel spending" ou tout simplement "pork" : le porc est étrangement l'emblème de ce genre de pratique.
Trop souvent, les sénateurs s'en servent pour ramener le plus d'argent possible dans leur état pour des raisons électorales assez simples, et pour des projets pas toujours défendables. Le Bridge to Nowhere de l'Alaska en est l'exemple typique et le plus connu (mentionné par exemple sur le journal du porc de l'image, représentant Washington incapable d'aider les gens en détresse, alors qu'il peut jeter des millions par les fenêtres). Il s'agit d'un pont de 400 millions de dollars joignant le continent à une île où se trouve un aéroport, pour épargner aux voyageurs et aux 50 habitants le trajet en ferry de 7 minutes. John McCain a toujours été un adversaire très vocal de ce genre de pratiques, cimentant ainsi son image de franc-tireur et son projet de modifier le fonctionnement à Washington. Il a ainsi souvent mentionné des projets de plusieurs millions de dollars servant à étudier l'ADN des ours... alors que l'Alaska en a demandé autant pour étudier l'ADN des phoques !
L'élection 2008 est la 54ème présidentielle US. Dans quatre cas, le vainqueur n'était pas le candidat ayant le plus grand nombre de voix, incluant un seul après 1888, la fameuse élection de 2000 Bush vs. Gore, où l'élection s'est jouée officiellement à 537 voix en Floride (merci Nader), plus réellement à 1 voix près à la Cour Suprême. Hormis l'élection de 1824 où 4 candidats avaient plus de 35 votes électoraux, les autres confirment qu'avec deux candidats, même si en théorie (ou, incroyablement, en 1876, 3,1 % d'écart), un candidat peut gagner en ayant beaucoup moins de voix que son adversaire, en pratique un tel événement n'arrive que dans des élections très serrées : 0,8 % d'écart en 1888, 0,5 % en 2000. Quand l'écart augmente, les états les plus serrés basculent l'un après l'autre, apportant rapidement la majorité des grands électeurs nécessaires. On peut estimer qu'au-delà de 1 point d'écart c'est peu probable, et au delà de 2 quasi impossible.
Tout ça pour répondre à la question : quand on suit l'élection américaine, faut-il regarder les sondages nationaux, ou se farcir ceux des 50 états et de DC ? Et la réponse, du coup, est "ça dépend de l'écart". Compte tenu des incertitudes et des biais possibles des sondages, on peut considérer que si l'écart est annoncé régulièrement au-delà de 4 %, la victoire devrait pouvoir être annoncée sans trop de risque. En dessous, c'est la carte électorale, les sondages dans chaque état, et en particulier dans la vingtaine (grand max) où on n'est pas encore absolument certains du résultat, qui comptent. Et l'élection s'annonce de plus en plus comme très serrée. Donc même si on va se servir des sondages nationaux pour suivre plus facilement et directement ce qui se passe globalement, c'est sur la carte qu'on va compter les points.
Ca fait plusieurs jours que je parle de refaire un point sur l'état de la carte. Or, assez étrangement, les sondages dans les états sont trèsnombreux ces jours-ci ( et ça va pas s'arranger), j'en vois 4 en 3 jours pour la seule Caroline du Nord, avec des résultats parfois bizarres (McCain +20, +4, +3, +17 en NC), pas toujours cohérents d'après ce qu'on pense savoir de la course (5 points d'écart seulement en West Virginia ?). En plus, j'aimerais avoir plus de données pour le Nevada et le Nouveau Mexique, sans quoi toute analyse de la carte serait incomplète, puisque la victoire la plus "facile" d'Obama semble justement passer par les états de Kerry, incluant le Michigan, plus l'Iowa, le Colorado et NV ou NM. Donc je vais attendre quelques jours pour faire un vrai point, en rappelant un élément : même alors qu'on semble être au plus haut de la vague McCain, alors qu'il semble en tête dans presque tous les swing states, il ne passe devant Obama que d'une très courte tête. Lorsque l'écart se resserrera un peu, celui-ci devrait récupérer son avantage territorial. L'affolement chez certains démocrates paraît pour l'instant très excessif.
Mais cette discussion est aussi l'occasion de parler de la guerre des tranchées qui se jouent dans chaque état. Il y a de bonnes chances que l'élection ne se joue pas sur les communicants, les stratèges et les publicitaires, mais plutôt sur les volontaires et les avocats. J'ai mentionné il y a quelques jours les efforts d'inscription de nouveaux électeurs, mis en place essentiellement par l'équipe d'Obama. Il y a apparemment 3,5 millions de nouveaux électeurs depuis janvier dans seulement 17 états parmi les plus importants (Bush en a eu 62 millions au total en 2004), parmi lesquels plus de la moitié ont moins de 35 ans dans 14 états. Ceci semble largement favoriser Obama, même si les chiffres concernent des électeurs de tous partis. Face à une armée de volontaires inscrivant des gens, surtout jeunes, noirs, catégories favorisant Obama, les Républicains utilisent leurs propres armes : l'annulation de votes.
L'argument utilisé est que les démocrates utilisent des lois assez laxistes, ne demandant pas forcément des papiers très précis ni des papiers d'identité avec photographie pour tricher. Apparemment, ce n'est pas entièrement infondé, puisque j'avais lu il y a quelques années je ne sais plus où (dans un livre de Michael Moore, peut-être), que certains inscrits démocrates s'appelaient parfois Mickey Mouse ou Dock Tracy. En réponse, les Républicains n'ont pas peur de faire de l'excès. Je viens de lire un article (pas récent) sur le "vote-caging". Il semblerait que les partis républicains pensent très fortement à s'assurer que les adresses d'inscription soient valides, en envoyant des courriers aux adresses où les gens sont inscrits et auxquels ils doivent obligatoirement répondre pour pouvoir voter. Mais ils peuvent envoyer de tels courriers à des militaires en mission ou à des gens expulsés de leur maison lors de la crise économique.
Plus globalement, les lois électorales dépendent des états et pas du gouvernement fédéral, donc il y a 50 règlements, où les lois sont faites pour aider le parti qui décide. La situation est en ce moment délicate dans plusieurs swing states. L'Ohio a créé une fenêtre début octobre où des gens peuvent en même temps s'inscrire et voter par anticipation ; en Pennsylvanie, où les démocrates avaient réussi à empêcher Nader d'être candidat dans l'état en 2000, les Républicains cherchent à faire la même chose avec Barr ; au Nouveau-Mexique les lois sur les votes contestés sont jugés vagues et incomplets ; en Floride l'état (Républicain) a fait passer une loi limitant les possibilités de certains groupes politisés d'inscrire des électeurs... Il est assez probable qu'un de ces états se joue à quelques milliers de voix et tout à fait possible que cela puisse faire basculer l'élection. Les avocats des deux partis vont quadriller le terrain comme une armée lors d'un couvre-feu, et seront prêts, les armes à la main. Et je ne suis pas sûr de savoir si je parle au premier ou au second degré.
Et vous avez vu ? Je n'ai même pas évoqué les machines électroniques...
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Ce mercredi 10 septembre a été un des jours les plus "chauds" de la campagne, pour des histoires idiotes de rouge à lèvres, et dont l'intérêt devrait n'être, au mieux, que très faible. Amusant, alors que les deux candidats ont décidé de s'accorder une trêve pour célébrer le 11 septembre. Je suis curieux de voir si les représentants des campagnes vont faire la trêve aussi...
0/1 sur ma prédiction d'hier, ou plutôt 1/2 : j'avais dit 48 - 45 chez Gallup pour McCain, c'est en fait 48-43. Obama descend d'un point, ce qui n'est pas terrible à ce moment, mais l'écart reste stable chez Gallup et Rasmussen (sans les leaners, et Obama +1 avec)), et augmente même d'un point chez le petit nouveau Diageo/Hotline. Hier, je disais que la courbe de Nate se comparait très bien avec la moyenne des deux quotidiens principaux, Gallup et Rasmussen. En fait, j'ai même décidé de faire la courbe.
En rouge, la courbe de Nate ; en bleu les sondages "moyens" entre les écarts sonnés par Gallup et Rasmussen sans les leaners. Je ne sais pas pour vous, mais moi je trouve ça vraiment impressionnant. Est-ce que ça veut dire quelque chose ? Pas sûr. On peut s'en servir pour valider l'hypothèse des deux rebonds opposés qui vont s'annuler avec le temps (et donc qu'on est tout en haut de la vague McCain en ce moment), mais il faudra encore attendre quelques jours pour voir ce qui se passe ; il n'y a simplement rien de certain.
Et l'agressivité actuelle pourrait bousculer ce qu'on appelle le "narrative" : la manière dont la campagne est "racontée" par les médias. L'équipe McCain pousse entre autres le thème "Obama est sexiste", pour tenter de renforcer les dissensions entre Obama et femmes démocrates et ramener celles-ci vers Palin ; l'équipe Obama et certains médias de gauche poussent le thème "McCain est un menteur". Si les journalistes commencent à traiter la campagne comme si l'une des deux était totalement vraie, cela pourrait changer les choses. Plus probablement, cela va tirer la campagne vers le bas, ça va amener des histoires de plus en plus sordides, sans que personne n'y gagne vraiment.
Sinon, je sais que j'avais dit que je parlerais des sondages dans les états, mais il y en a eu beaucoup ces deux jours, je vais attendre un jour ou deux pour bien saisir ce qui se passe globalement, essayer de ne pas prendre l'habitude de faire une analyse qui s'avère fausse dès le lendemain.
Sur le site 538.com, Nate avait il y a quelques temps essayé de prédire l'effet des "rebonds" post-convention sur les sondages, en étudiant les années précédentes, et en l'appliquant, tant bien que mal, au cas exceptionnel de 2008 où les deux conventions sont à la fois très tardives et très rapprochées. Il en déduisait, en prenant une hypothèse d'un point de départ à égalité, la courbe suivante :
Il prédisait ainsi un max pour Obama entre le 31/08 et le 01/09, avec Obama 6 points au-dessus de son niveau du 24/08, et pour McCain entre les 09/09 et 11/09. Comparons avec ce qu'on a pour l'instant. Les courbes des deux dernières semaines de Gallup et Rasmussen les deux quotidiens qu'on ait, sont là :
On voit un max d'Obama le 2 septembre, et ce qui semble être le max de McCain une semaine plus tard, le 8 septembre (peut-être tout faux, une courbe comme ça ne devrait être regardée que plus tard). Tout ce que je veux dire, c'est que compte tenu de l'imprécision des sondages, de la méthode un peu sèche, et des hypothèses fortes (on n'avait jamais connu deux semaines comme ça, avec les choix des 2 VP et les 2 conventions), je trouve que le modèle a remarquablement bien marché. Une moyenne des deux courbes est même assez remarquable. L'exception qui confirme la règle (j'ai horreur de cette expression) : les 30/08 et 01/09, deux jours un peu en-dessous pour Obama, probablement en raison du choix de Palin, qui n'était pas pris en compte par Nate.
Si on suppose que ces deux semaines ont "validé" le modèle de Nate, et donc qu'on peut lui faire confiance pour la suite, on peut faire un petit pari sur la suite de l'évolution des sondages. Cela devrait se resserrer doucement à) partir de demain (PREDICTION : 48 - 45, +3 pour McCain chez Gallup) et les jours qui suivent, pour revenir là où c'était avant les conventions, donc avec un léger avantage pour Obama, au plus tard à l'approche du premier débat le 26.
Donc pour résumer, en particulier pour les supporters qui s'inquiètent des scores "calamiteux" d'Obama : aussi surprenant que ça paraisse, non seulement c'était prévisible, mais c'était prévu, bravo et merci Nate. Pour l'instant, les deux ou trois points d'avance pour McCain sont normaux, et pourraient même peut-être durer un peu. D'ailleurs, c'est pas sûr, à y regarder de plus près, dès aujourd'hui déjà, Obama est à +1 chez NBC, +5 chez IBD/TIPP (connais pas), +1 chez ARG, seul Diageo/Hotline lui donne -1. La fin du rebond ? Comme d'habitude, on ne pourra interpréter ce qui se passe aujourd'hui au plus tôt que dans quelques jours, donc on attend, comme d'habitude. Un rappel : aucune garantie, aujourd'hui n'est peut-être qu'une petite pause dans la marche inexorable de McCain - Palin vers la victoire. Je veux juste dire que pour l'instant, on attendait des rebonds, on les a eus, donc on ne peut rien en tirer réellement.
En l'honneur de ce qui est donc peut-être le sommet du rebond de McCain, j'ai mis à jour la page en un coup d'oeil. Et je traiterai un peu plus en détails les sondages dans les différents états demain ou après-demain. Il y a de très mauvais résultats qui tombent pour Obama ces jours-ci, mais sans que ça ne le mette en danger fondamental pour l'instant. Même si les scores d'Obama remontent, je m'attends à une mauvaise semaine pour lui au moins, le temps que tous les états soient sondés dans ce que sont pour lui de mauvaises conditions. Même si la vague est au max, on va la sentir encore une ou deux semaines, dépendant de la fréquence des sondages dans chaque état.
Les sondages nationaux vont bien tous dans le même sens : après Obama, c'est McCain qui voit ses scores remonter après la convention de son parti. Il devance Obama de 5 points chez Gallup, 3 chez Rasmussen (qui pondère ses résultats par indentification par parti, c'est-à-dire qu'il conserve constants son taux de républicains et de démocrates, ce qui a fortement tendance à atténuer les variations, la semaine dernière pour Obama comme cette semaine pour McCain), égalité chez Diageo (contre +6 Obama vendredi) et CNN, +2 chez ABC/Post,+4 chez USAToday/Gallup ... Pour la première fois depuis des mois, il y a une unanimité pour dire que McCain a dépassé Obama (on parlera des sondages dans les états quand on en aura quelques-uns de plus).
Est-ce un "bounce" (un rebond, donc devant redescendre), ou bien la stabilisation autour d'un nouvel équilibre plus favorable à McCain ? On le saura petit à petit. J'évoquerai le bounce plus spécifiquement demain si tout va bien, car je suppose qu'on devrait alors être en haut de la vague. Mon opinion, pour ce qu'elle vaut, c'est qu'après ça, ça va se resserrer fortement, et que ce ne sera plus très important qui sera devant, en attendant le premier débat. En 2004, les débats ont eu une importance supérieure aux conventions. Pourtant, un sondage peut faire peur aux supporters d'Obama : il est en retard de 10 points chez USAToday/Gallup.
Tiens, se diront les plus attentifs, il a dit +4 dans un paragraphe et +10 dans un autre, chez USAToday/Gallup. C'est étrange... En fait, Gallup donne trois chiffres en même temps : +5 dans son quotidien, pris avec 2733 électeurs inscrits entre vendredi et dimanche ; et pour les mêmes dates, +4 pour USAToday avec 959 électeurs inscrits, +10 pour ces mêmes sur 823 électeurs "probables". Quelle différence !
Il y a un mois à peu près, on avait déjà observé une différence de 3 points entre les résultats des électeurs inscrits et probables, et on en avait calculé que sur ceux que Gallup estime les inscrits non-probables, Obama menait 47-23 (+ 24 %). Ici, le même calcul montre que dans la population des "inscrits probablement abstentionnistes", Obama mène 58-26 (+ 32%) ! Ca paraît plus qu'improbable, restons donc plutôt sur le +4 qui est en ligne avec les autres, et essayons de comprendre le +10.
Je vais résumer ce que j'avais déjà plus ou moins dit ce jour-là (et d'autres avant moi) : Gallup utilise un "filtre" pour déterminer, parmi les gens répondant inscrits sur les listes électorales, ceux qui vont voter. Pour ça, ils leur posent 3 questions sur leur intérêt pour la campagne de cette année, sur leur historique en tant qu'électeur, et leur attribuent un point par question. Ensuite, ils estiment le taux de participation à l'élection, par exemple 63 %, et ne comptent que les 63 % de leur population les mieux classées à leur classement. Ainsi, les personnes agées, moins abstentionnistes que les jeunes, sont surreprésentées, et ils ont tendance à voter beaucoup plus républicains. D'un autre côté, de nombreuses personnes inscrites par l'équipe d'Obama (voir avant-hier) sont négligées. Le filtre de Gallup peut donc alors être faussé. Pour mettre les choses au point, ces différences sont rares, il n'y a d'habitude pas plus d'un point ou deux de différence entre les deux méthodes. Ici, 6 points de différence, cela montre les limites du modèle quand Gallup n'a pas de chance sur les gens qu'ils appellent.
Une note : dans certains sondages, le quotidien de Rasmussen en particulier, donnent aussi deux chiffres en même temps, mais ce n'est pas RV/LV. Le premier chiffre est avec les indécis, le second, avec les "leaners", c'est en poussant ceux s'affirmant indécis à faire un choix, à dire de quel côté ils penchent (lean), même s'ils n'ont pas fait un choix définitif. Il n'est pas très clair lequel de ces deux chiffres est le plus utile. Concernant RV/LV, la réponse que j'ai vue plusieurs fois (même par Gallup) est : le modèle LV marche bien à l'approche de l'élection, mais pas vraiment plusieurs mois avant.
Un autre danger des sondages : les cross-tabs. Si vous appelez des gens au hasard, vous ne savez pas si vous avez un échantillon représentatif de votre population. Prenons cet exemple d'aujourd'hui : un sondage SurveyUSA donne McCain 49 - Obama 47 en Virginie. Sur 900 adultes, 807 sont inscrits et le sondage est fait sur les 717 estimés "probables" par SUSA. C'est tout à fait normal, et dans les limites des résultats précédents. Je peux vous garantir par exemple que l'équipe Obama ne regarde que rapidement les résultats du "Gallup daily", mais va regarder en détails les sondages par catégories : McCain va-t-il vraiment faire 84 % chez les noirs, qui composeront vraiment 19 % de l'électorat ? Y a-t-il vraiment 35 % de républicains et 36 % de démocrates dans l'état ? Si leurs propres chiffres en interne, secrets évidemment, leur donnent des proportion différentes, par exemple qu'ils ont en fait un avantage de 4 points dans les partis, et que les noirs sont plutôt à 90 % pour Obama, alors les résultats leur paraîtront peut-être être une bonne nouvelle. Alors que pour le reste des mortels, on pensera simplement, bêtement, que McCain a environ 2 points d'avance sur Obama... Pauvres de nous, ignares que nous sommes !
Ca y est, j'ai terminé la page sur Sarah Palin (même si j'ai été assez léger sur les liens, il faudra que je la revisite! Wouhou ! Maintenant, tout est ici en place. J'espère réellement qu'elle ne va pas devoir se retirer de l'élection, comme certains le prédisent (ce que je ne crois pas, sinon j'aurais encore attendu).
Sur le front des sondages, il devient clair que John McCain a profité de la convention républicaine, étant maintenant à +3 chez Gallup et égalité chez Rasmussen. Sur ma page "En un coup d'oeil", j'avais fait une première "marque" au plus haut d'Obama, je vais donc attendre un peu plus, d'abord pour avoir quelques chiffres de plus pour compléter ça, et pour essayer d'avoir le haut de la vague McCain. Ca pourrait nous donner les extrêmes entre lesquelles se jouera l'élection. Dans tous les cas, il faut bien penser que si quelques discours de convention (et le choix des VP, certes) peuvent avoir un tel effet sur les sondages, les quatre débats, bien plus importants, pourront tout bouleverser, sans parler qu'il reste encore 58 jours avant l'élection. Il est à normal que McCain soit devant Obama maintenant, c'est la durée et l'importance de l'écart qui nous donneront le plus d'informations.