LA COURSE A LA MAISON BLANCHE

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Dimanche 21 Septembre : Catalist vs. VoterVault

Au programme (chargé) : j'ai mis à jour les écarts en un coup d'oeil, où Obama a évidemment progressé ; deux analyses sur les sondages dans cette élection ; et enfin une comparaison des organisations des deux campagnes sur le terrain.

Et les portables des racistes ?

Aujourd'hui, deux articles importants sur les sondages et l'élection. Heureusement, Nate est là pour nous aider à les interpréter. Le premier risque de beaucoup faire parler, mais pas que pour des bonnes raisons : une étude montrerait qu'Obama perdrait jusqu'à 6 % parce qu'il est noir. Le problème est évidemment qu'il faut deux conditionnels. Le détail des questions est paru, mais il n'est pas clair du tout comment ils arrivent à un tel chiffre à partir de ces questions. D'autre part, aucun mot sur ce qu'il peut gagner grâce à sa couleur, chez les noirs évidemment mais pas seulement.

Enfin, une note importante de Nate : les sentiments racistes sont souvent corrélés avec un faible niveau d'éducation, lui-même corrélé avec une faible participation aux élections. En résumé, les racistes ont tendance à moins voter. Pas un mot non plus pour savoir si un tel effet a été étudié. Enfin, une note : une telle étude ne modifie pas le regard que l'on a sur les sondages actuels, ceci n'a donc rien à voir avec l'effet "Bradley" ou "Wilder", selon lequel de nombreux blancs pourraient ne pas oser avouer à un sondeur qu'ils ne veulent pas voter pour un noir. D'après plusieurs études, cet effet fut réel mais a disparu depuis une dizaine d'années.

Le second point, pour résumer : la non-prise en compte des téléphones portables dans les sondages pourrait coûter entre 2 et 3 points à Obama, même si tous les sondeurs ne sont pas d'accord, certains ne découvrant aucune différence, ou moins d'un point. Si c'est 2 points, c'est assez pour assurer une victoire dans une élection serrée, sans que l'on sache avant le compte des voix le 4 novembre.

Les combattants et leurs armes

En tout cas, l'équipe d'Obama ne va pas se contenter de compter sur cet effet et son avance actuelle pour espérer gagner. Comme les Républicains, ils continuent à essayer de gagner des électeurs, une personne après l'autre. Comme je l'ai déjà expliqué, ça se passe essentiellement en trois étapes : identifier des électeurs potentiels, les inscrire sur les listes électorales ou les convaincre, et les faire voter réellement. Toutes ces phases sont liées et demandent plusieurs choses : un outil informatique performant basé sur des listes d'électeurs à jour, une organisation efficace, de nombreux volontaires motivés et une expérience de ce genre de travail.

Ces dernières années, les Républicains avaient l'avantage dans cette bataille. Leur logiciel VoterVault recoupant de très nombreuses informations de sources différentes leur permettait depuis 2002 de trouver de nouveaux électeurs potentiels et d'adapter leur communication, avec des résultats impressionnants :

"Une femme Africaine-Américaine d'une banlieue de l'Ohio, par exemple, nous a dit que bien qu'elle avait tendance à voter démocrate, elle a reçu en 2004 un déluge d'appels, de mails et d'autres formes de communication de Républicains qui savaient que c'est une mère de 5 enfants étudiant dans des écoles privées, qui va régulièrement à l'église, est contre l'avortement et jour au golf."

deanDepuis, les Démocrates, sachant qu'ils avaient du retard, ont développé de nouveaux outils. Bien qu'en 2004, Howard Dean a fait beaucoup parler de lui pour son utilisation novatrice d'Internet, cela s'est montré plus culturel qu'organisationnel, donc en fin de compte peu utile. Le site web d'Obama a été créé par un des fondateurs de facebook, il a surtout permis de transformer l'enthousiasme apporté chez les jeunes par Obama en une vraie arme de terrain, canalisant les énergies, organisant, etc. Par ailleurs, le logiciel Catalist, développé par la société d'Harold Ickes (stratégiste d'Hillary Clinton), est mis à la disposition d'organisations "progressistes" (de gauche), et pas simplement du parti démocrate. Il permet à Obama de se mettre au niveau, voire au-dessus, des républicains :

Ickes (...) affirme qu'en utilisant Catalist, l'équipe d'Obama peut obtenir des données aussi précises que des listes d'électeurs indécis qui sont chez eux dans l'après-midi, dans un quartier de 6 "blocs" d'immeubles, à Cleveland, Ohio. La liste peut même suggérer quels électeurs seraient réceptifs à un discours basés sur le thème du "changement" d'Obama, et lesquels seraient plus intéressés par son programme sur la santé ou l'énergie.

A outils égaux, c'est le nombre et la motivation des volontaires qui peuvent faire la différence. Obama a eu longtemps l'avantage, mais le choix de Palin, pour tous ses désavantages dont je parle souvent (probablement trop), a remotivé la frange la plus activiste des républicains. Toujours chez 538.com, Sean Quinn est en train ces jours-ci de faire un "road-trip" politique, visitant plusieurs états clés pour comparer les forces en présence, le nombre de bureaux, de volontaires, leur enthousiasme, etc. Ce qui en ressort pour l'instant, c'est que les démocrates sont plus forts et le savent, mais que les Républicains ne sont pas pour autant très inquiets, s'estimant naturellement et historiquement plus organisés.

Il est assez difficile de juger de l'opposition entre l'expérience républicaine et l'organisation démocrate. Il est intéressant de comparer les forces en présence dans les états clés. Il y a quelques jours, j'ai compté le nombre de bureaux dans les états clés (c'est moins simple pour McCain qui a souvent des bureaux mixtes s'occupant de sa campagne et du parti républicain en général), ça donne ça :

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A part en Floride, il n'y a pas photo : Obama est beaucoup plus présent. McCain a même fait l'impasse totale en Indiana. Il est très difficile de juger de l'efficacité de ces actions. Le but de ces bureaux est moins de convaincre des gens, même si c'est une partie importante du travail, que de maximiser le nombre de voix. Tous les sympathisants doivent être inscrits, tous les inscrits doivent voter. Cet aspect est évoqué dans une récente et surprenante vidéo de David Plouffe, le directeur de la campagne d'Obama d'habitude peu prolixe, d'où on a surtout retenu qu'il comptait investir 39 millions de dollars en Floride.

On ne sait pas du tout pour l'instant ce que ça va donner, il est même possible qu'on ne le sache jamais vraiment. Mais le message que j'espère faire passer ici, c'est surtout que tout ce dont on parle généralement, les gaffes, les pubs, les attaques, ne sont que la partie visible de l'Iceberg. La partie cachée, probablement la plus importante, c'est celle-là : des millions de volontaires, des centaines de salariés, une organisation, des logiciels d'avant-garde... Deux armées invisibles, en quelque sorte.


Samedi 20 Septembre : Show me the Money !

money L'actualité du jour aux USA, c'est évidemment la transformation officieuse du pays en une république socialiste. Le plan de sauvetage proposé par Bernanke (Président de la réserve fédérale, l'équivalent américain de la BCE) et Paulson, le Secrétaire d'Etat au Trésor (ministre du Budget), qui doit être précisé ce week-end, est envisagé aux alentours de plusieurs centaines de milliards de dollars, voire un billion de dollars, soit un million de millions (en anglais trillion, pour faire plus simple). Une telle somme est évidemment phénoménale, même pour les USA, dont le budget annuel est de l'ordre de 3 billions (et la dette publique d'une dizaine, totale d'une soixantaine). Le plan a été décrit comme obligatoire pour éviter une défaillance totale du système bancaire américain.

Plusieurs conséquences pour les candidats. La première, dans l'immédiat, est de devoir jongler 5 torches en faisant du vélo sur un câble : il faut arriver à donner l'air de comprendre le problème et avoir des solutions sous la main, faire porter le chapeau à l'autre parti, sans affoler ni les marchés ni le public, ni avoir l'air d'utiliser la crise pour son gain politique personnel. Chaque parti peut se retrouver accusé : les républicains évidemment qui avaient le pouvoir pendant que cette crise se préparait, mais aussi les démocrates qui contrôlent le Congrès au moment d'essayer de la résoudre, et qui pourraient essayer de profiter de leur position de force pour faire passer des lois que les républicains auraient autrement fortement opposées. Si une décision mettait du temps à être prise et qu'une autre banque s'écroulait, on verrait beaucoup de doigts pointés dans toutes les directions.

Pour la suite, c'est complètement flou. Il ne faut pas se leurrer : cette crise est une première du genre, personne ne sait vraiment ce qui va ou peut se passer. Personne ne sait vraiment d'ailleurs ce qui s'est passé ou ce qui se passe : quelles sont les pertes précises, ce sauvetage aurait-il dû être fait plus tôt, Paulson cherche-t-il à aider ses anciens collègues de Wall Street ?

Une chose qui risque d'être encore plus délicate pour les candidats, c'est l'adaptation ou non des programmes. Megan McArdle est, je crois, la première à en parler, mais ce sera à mon avis fondamental pendant les débats. Je n'irai pas dans le débat de "quel candidat a le plan le plus cher", parce que j'ai lu tout et son contraire, mais avec une situation nettement plus dramatique que prévue et surtout pouvant empirer largement, une nouvelle dépense énorme, les candidats peuvent-ils économiquement se permettre de conserver leurs promesses ? Peuvent-ils politiquement se permettre de revenir dessus ? Ils voulaient des baisses d'impôts, générales  pour McCain, de 1 000 $ pour les classes moyennes chez Obama. Les conserver, c'est paraître démagogue ; revenir dessus, c'est se tirer une balle dans le pied. Pour rester dans les métaphores circassiennes, ça va être de la contorsion de haut niveau.

Par contre, je vois aussi une opportunité rhétorique pour Obama, sur le plan de la politique internationale, qui sera le sujet du premier débat, vendredi prochain. Obama était vu comme le candidat qui avait raison de ne pas vouloir faire la guerre en Irak, McCain pour celui qui a raison sur le succès de la "Surge", cette stratégie de contre-insurrection souvent résumée comme l'augmentation du nombre de soldats en Irak.

Obama s'est souvent vu reprocher par McCain son refus de reconnaître le succès de la Surge, et donc que c'était une bonne stratégie. Il répondait généralement en disant que ça a marché mieux qu'on ne pouvait l'espérer, mais que c'était quand même une mauvaise décision, en partie car ça coûtait trop cher. Mais cette réponse n'est pas "claquante" ni "clinquante", elle n'était pas très claire. Dire qu'on ne voulait pas "sauver" une guerre pour faire des économies peut très mal passer. Maintenant, il peut renverser l'argumentaire plus facilement : quelque chose du genre "sans le coût de la guerre et de la Surge, on n'en serait pas là" peut maintenant se comprendre plus clairement, sans être un virage à 180° par rapport à ses commentaires précédents.

absenteeearlySinon, un grave oubli hier : l'élection a commencé et personne n'en parle ! On estime que plus de 30 % des votes pourront être faits par courrier (Absentee ballot) ou en avance (early voting). Les règles régissant ces votes dépendent évidemment de chaque état (dates, besoin ou non d'excuses, ...), le "early vote" en Virginie a commencé le 19. On dit souvent que le seul sondage qui compte, c'est celui du jour du vote, mais le vote va durer 45 jours, chaque jour où un candidat est devant est un jour il a des chances d'engranger des votes, qui ne pourront pas se retourner plus tard, contrairement aux sondages. Là encore, n'allez pas croire que ce sont des choses subies par les équipes de campagne : inscrire les gens, et les convaincre de voter le plus tôt possible fait partie du GOTV, dont j'ai déjà parlé cette semaine, et sur lequel, promis, je reviens demain.

Vendredi 19 Septembre : Interlude

Je vais essayer de faire court aujourd'hui, histoire d'essayer de dormir un peu, pour voir à quoi ça ressemble.

La première chose est la confirmation de la très mauvaise semaine de McCain. Depuis la pause du 9/11,  McCain a commencé à ressentir la fin de son "rebond" post-convention, a subi des attaques insistantes pour les mensonges dans ses publicités, a vu la popularité de Sarah Palin s'éroder* (voir post d'hier), et, le gâteau sous la cerise, a vu la campagne revenir fortement et probablement durablement sur le terrain de prédilection des démocrates : l'économie (ou plus exactement, les difficultés économiques), sur lequel il a un peu perdu pied, ce qui permet au Huffington Post (site pro-démocrate) de le moquer ouvertement sur ses "errements". 

"Heureusement", il a son point fort, la politique étrangère. Il n'a pas été aidé non plus par sa remarque sur Zapatero, où personne n'a compris sur le coup s'il ne savait pas qui c'était, s'il l'avait confondu avec un leader anti-américain d'Amérique Latine, à la Chavez ou Morales, ou bien si réellement il ne le voyait pas comme un allié des USA. A moins que ce ne soit sa manière de ramener la conversation sur la politique internationale ? 

En tout cas, ça se sent tout de suite dans les sondages, comme on peut le voir en vérifiant l'état de la course "En un coup d'oeil". En résumé, ça va beaucoup mieux pour Obama, même si c'est allé tellement vite que tous les indicateurs ne sont pas au vert pour lui. Ceux se basant sur des sondages par état pourraient prendre plusieurs jours. Dans les quotidiens, Obama est à +4 chez Gallup, = chez Rasmussen, +4 chez Diageo, +6 chez Research 2000/Kos.

La seconde chose est la masse d'articles et de documents très intéressants qui s'accumulent, sur les sujets dont j'essaie de vous parler régulièrement : analyse de l'électorat, efforts sur le terrain (GOTV), mobilisation, organisation, motivation, mais aussi le retour de bâton : fraudes ou tactiques biscornues et vicieuses pour essayer d'empêcher les gens de voter. J'ai déjà écrit sur ce sujet très récemment ces vendredi 12 et lundi 15, mais hélas je manque du temps pour faire ça maintenant. J'essaierai donc d'approfondir ce week-end...

* A propos de Palin, entre d'un côté la forte baisse de sa popularité (le -2 sur le graphe d'hier est devenu -4 aujourd'hui, 7 jours de baisse continue depuis que ce sondage existe) et de l'autre l'enthousiasme persistant chez les républicains (de nombreuses personnes viennent aux meetings de McCain pour la voir, et partent quand il commence à parler), je ne serais pas surpris qu'un "rift" se crée progressivement entre les évangélistes ne voyant que Palin et le reste de l'Amérique qui suivra les 3 "gros", Obama, McCain et Biden, Palin n'étant alors qu'une distraction et du pain béni pour les comiques. A part pour le GOTV, je ne vois pas trop en quoi ça pourra aider McCain. Enfin, je suis peut-être biaisé, j'ai dit dès le début que c'était un risque et surtout une erreur énorme. 

Jeudi 18 Septembre : Pop !

bulleComme prévu, un petit point sondages, avec peut-être la vision en direct la fin de la bulle McCain, voire son explosion. En résumé : presque tous les sondages nationaux montrent Obama reprendre la tête.

Il y a une semaine exactement (mercredi puis jeudi), je vous avais présenté une comparaison entre les deux sondages quotidiens de Gallup et Rasmussen (les seuls disponibles depuis fin août) avec une modélisation de Nate pour représenter l'effet des "bounces" post-convention sur les sondages. La conclusion essentielle était que même si tout le monde criait que McCain était en train de reprendre l'avantage, de manière surprenante, tout pouvait simplement s'expliquer par l'effet des conventions. J'avais même rajouté ça :

Et l'agressivité actuelle pourrait bousculer ce qu'on appelle le "narrative" : la manière dont la campagne est "racontée" par les médias. L'équipe McCain pousse entre autres le thème "Obama est sexiste", pour tenter de renforcer les dissensions entre Obama et femmes démocrates et ramener celles-ci vers Palin ; l'équipe Obama et certains médias de gauche poussent le thème "McCain est un menteur". Si les journalistes commencent à traiter la campagne comme si l'une des deux était totalement vraie, cela pourrait changer les choses. Plus probablement, cela va tirer la campagne vers le bas, ça va amener des histoires de plus en plus sordides, sans que personne n'y gagne vraiment.

Pas mal, non ? En effet, les medias ont accepté l'idée que McCain mentait, et ça a changé le "narrative". Maintenant, Obama peut utiliser l'argument "McCain ment" sans que ça passe pour une insulte ignoble, mais plutôt pour une critique raisonnable. Ca ne paraît peut-être pas, mais c'est un changement considérable. Des accusations de mensonges pendent au nez de McCain depuis longtemps. L'an dernier déjà,  il affirmait qu'on pouvait alors se promener à Bagdad sans danger, puis rebelote lors des primaires, en particulier face à Mitt Romney. Mais le respect qu'ont les journalistes pour McCain prenait le dessus, et il était souvent excusé, comme on l'excusait cet été de la négativité de sa campagne en affirmant que ça ne lui ressemble pas, que les circonstances l'obligent, qu'il est le premier à le regretter, etc. Les journalistes, avec un bon temps de retard, ont donc admis qu'il était responsable de ce que disaient les publicités de son équipe.

Est-ce que ça a joué sur les sondages ? C'est possible. Regardons notre courbe de sondages mise à jour. En rouge, le modèle de Nate, en bleu, la moyenne des sondages de Gallup et Rasmussen (modifiés depuis la semaine dernière, puisque Rasmussen ne donne maintenant plus les chiffres que pour "avec leaners").

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On voit ici Obama passer au-dessus de la courbe du modèle : même en revenant à égalité environ, il est en fait au-dessus de ce qu'on pourrait attendre de lui. Il faut cependant toujours se méfier d'interpréter trop vite des résultats récents, ils peuvent être réfutés dès le lendemain, mais j'imagine mal les propos de McCain sur l'économie "forte" des USA rassurer les électeurs. De plus, les deux autres sondages "quotidiens" donnent Obama +3 pour Diageo/Hotline et +4 pour Research 2000 (pour DailyKos). A noter : ces deux sondages interrogent 3 fois moins de personnes que les deux que j'utilise (1000 contre 3000 pour chaque période de 3 jours glissante), et DailyKos est un site très, très, très pro-démocrate, même si Research 2000 est une entreprise non partisane et respectée, pour ce que j'en sais. Tous les autres sondages nationaux depuis hier donnent Obama en tête, et il est également repassé devant dans la "moyennes" chez Pollster et fait match nul chez Realclearpolitics.

Je pense qu'on commence à peine à voir l'influence de la crise sur les sondages. Depuis 4 jours, chaque journée amène des nouvelles terribles pour l'économie mondiale. Avant ça, on avait parlé pendant deux jours des mensonges de McCain, maintenant on se demande pourquoi il continue à penser que les fondamentaux de l'économie sont solides.  Je pense donc que la remontée d'Obama est autant due au calendrier, c'est-à-dire à l'éloignement de la convention républicaine, et aux accusations de mensonges qu'à la crise économique. Du coup, ça pourrait continuer à empirer pour lui. Pendant ce temps, Obama peut se permettre de rester assez neutre, à l'heure où j'écris on ne sait toujours pas, par exemple, s'il approuve ou non la nationalisation d'AIG (alors que McCain a été contre mardi et pour mercredi). Preuve qu'on ne peut pas tout mettre sur le dos de la crise :

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Ce graphique montre, sur ces mêmes sondages Research 2000 pour Kos, les différences entre perceptions favorables et défavorables pour chacun des 4 candidats. La crise a réellement éclaté dans les journaux dimanche 14, et on peut voir que la perception de McCain et surtout Palin avaient déjà bien dégringolé (depuis vendredi, jour où les accusations ont réellement éclaté pour McCain), alors qu'Obama et Biden n'ont essentiellement pas bougé. J'essaierai de suivre ça par la suite. 

Suite des efforts GOTV bientôt, ainsi qu'un nouveau point sur la course "en un coup d'oeil", dès qu'on y verra un peu plus clair dans les sondages dans les états, qui sont très nombreux en ce moment, et donc un peu contradictoires.

En attendant, si vous appréciez, n'hésitez à parler de ce site à vos amis, et/ou à cliquer sur Share tout en haut.

Mercredi 17 Septembre : Krach ? Crac !

journauxComme la plupart des vrais commentateurs politiques que je lis, je n'ai pas les compétences pour comprendre les événements économiques actuels, et en déduire ce qui va se passer (même mon orgueil est réconforté par le fait que personne ne le sait). Par contre, on peut discuter des conséquences actuelles sur la course.

La première réflexion, et la plus courante, c'est que ça avantage Obama, pour deux raisons essentielles : les gens préfèrent les démocrates en général sur le sujet (comme ils préfèrent les républicains sur la sécurité), et, autre règle générale, quand de tels problèmes arrivent, ça favorise le parti qui n'est pas en charge. Donc le point "voilà ce qui se passe quand on laisse les républicains au pouvoir" est assez facile à dire et à accepter. Mais McCain a d'autres problèmes avec l'économie.

Comme l'aime le répéter à l'envie les démocrates, McCain a déjà admis qu'il ne connaissait pas l'économie aussi bien qu'il devrait. De plus, il aime répéter que "les fondamentaux économiques américains sont bons", même encore ces deux derniers jours, ce qui fait poser des questions à beaucoup de monde sur ce qu'il appelle les fondamentaux de l'économie. Evidemment, les Démocrates s'en donnent à coeur joie.

Mais je voudrais revenir sur un point, en espérant que je n'ai pas l'air monomaniaque : Sarah Palin. Certains conseillaient à McCain de choisir comme VP Mitt Romney (pas une bonne idée à mon goût), selon l'argument qu'un businessman compenserait sa faiblesse avouée et prouverait qu'il prend l'économie très au sérieux, alors que c'était depuis des mois le problème n°1 des Américains d'après tous les sondages. Or le choix de Palin ne montre pas le même message. Il dit, ou essaie de dire, "maverick", "réformes", "changement", mais pas "compétence" et "expérience", malgré les tentatives de se réapproprier ce message.

Ceux qui viennent régulièrement sur ce site savent que je pense que si McCain a choisi Palin, c'est probablement que ses sondages en interne étaient calamiteux, et qu'il avait besoin de prendre des gros risques. Ce sont des jours comme ça qui font se rendre compte de la taille du risque. Comme ils disaient sur CNN ce matin "le choix de Palin, qui paraissait un coup de génie la semaine dernière, a moins l'air d'une bonne idée maintenant". Mais ce n'est pas seulement un problème de compétence de l'un ou de l'autre, ça joue aussi pile dans le message des démocrates depuis quelques temps : McCain ne se rend même pas compte de la gravité de la crise tellement il est loin des préoccupations des gens (même si on n'entend plus trop parler des maisons de McCain depuis le choix de Palin, il est toujours décrit comme "out-of-touch").

Pour certains, la seule issue qu'a vue McCain est de réveiller les guerres culturelles des années 60. Je suis en ce moment en train de lire "What's the matter with Kansas?", de Thomas Franck. Une de ses thèses est que si un mouvement hyper-conservateur, à la fois populaire et révolté a pu s'allier aux grands patrons, c'est uniquement sur des bases culturelles et en faisant abstraction de toute pensée économique. Sans vouloir m'approprier cette théorie, je dirais quand même que ce mouvement populaire de droite, bien réel, centré sur les problèmes culturels (avortement, mariage homosexuel, armes, etc.), avait en Bush un véritable allié en Bush, mais que cela va plus loin maintenant : on peut argumenter que Palin est issue de leurs rangs (voir ses positions sur le réchauffement climatique, le créationnisme, la censure, etc.).

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Une des phrases répétées lors des meetings est "She's one of us", "elle est des nôtres". Ce genre de phrase, à mon avis, n'est pas compris par tout le monde de la même manière. Les femmes, les gens des classes moyennes, pourront se dire "oui, elle est comme moi, elle me ressemble", mais plus subtilement, il s'adresse d'après moi surtout à ces populations, droitière, évangéliste, etc. "Elle fait partie de notre mouvement", voilà ce qu'ils disent. Ce mouvement, que l'on peut décrire comme minoritaire dans l'opinion mais très actif, reconnu ainsi nationalement, est maintenant prêt à soutenir McCain de toutes ses forces, qui sont importantes. Ce sont des activistes forcenés, qui ont compris il y a plusieurs années que la conquête politique passait par un travail de terrain de chaque instant.

Mais en gros, selon la théorie de Frank, pour que le message passe, il faut que les gens soient prêts à accepter que leurs problèmes ne sont pas dus aux grands patrons, aux financiers, etc., mais à une nébuleuses élite médiatique gauchiste. Chez ceux qui ont déjà accepté ce message, tout ira dans le sens de le renforcer, mais pour des gens plus dans la balance, hésitant entre deux positions, cette crise pourrait être le genre d'événement leur rappelant les lois du marchés et leurs conséquences sur la vie politique américaine, et les ramener dans le giron démocrate. Dans tous les cas, cela paraît encore plus idiot de parler des guerres culturelles d'il y a 40 ans, alors que des problèmes plus proches de ceux de 1929 pourraient revenir.

En faisant le choix de Palin, McCain a espéré qu'en deux mois, il pourrait rester sur le terrain du message, pas celui des problèmes concrets, et donc fait le pari que les USA ne subiraient pas un choc réel, alors qu'il était en crise économique et au milieu de deux guerres à l'autre bout du monde.

Donc dites-vous bien, dans les jours qui arrivent et peut-être aussi après l'élection, si vous entendez qu'Obama a eu de la chance que cette crise arrive et vienne l'aider, qu'on ne prend pas un risque pareil sans raison, et que si McCain s'est senti obligé de faire ce choix, c'est qu'il se voyait perdu de toute façon.

D'ailleurs, les sondages commencent à montrer réellement ce qu'on attendait depuis quelques jours : la fin du "bounce" de McCain. Je referai un point sur les sondages nationaux d'ici un jour ou deux, et je terminerai aussi ce que j'ai commencé sur le GOTV.

Lundi 15 Septembre : Confiance ou arrogance ?

Ceci est plus ou moins la suite du message d'hier.  Je vous donne un peu de lecture, je n'écrirai pas mardi.

Tout le monde ne fait pas l'analyse de la campagne avec la carte des états, ça prend du temps et c'est souvent un peu complexe. Plutôt qu'une suite de sondages imprécis, on en a 51, ce qui fait qu'on n'est jamais vraiment surs de ce qui se passe. En ce moment, personne ne peut réellement dire avec certitude qui est devant par exemple dans le Colorado, le Minnesota, l'Ohio, etc., alors que tout le monde est d'accord pour dire que McCain est devant McCain nationalement. Donc en ce moment, beaucoup de démocrates s'inquiètent. Obama serait trop passif, laisserait McCain l'attaquer sans répondre, etc. L'équipe d'Obama s'attache donc à les rassurer, et affiche sa confiance. Confiance ou arrogance ? D'où vient cette certitude qu'ils sont sur le bon chemin, alors que tout le monde autour d'eux s'affole ?

PlouffeDavid Plouffe, le stratège d'Obama, explique qu'ils ne se préoccupent pas vraiment de "dominer le cycle médiatique" (alors que c'est la fixation de l'équipe McCain). Ils pensent essentiellement à long-terme, c'est-à-dire au jour de l'élection, le 4 novembre, et même après*.  La théorie est la suivante : il faut identifier les états clés, ceux où l'élection sera la plus serrée. Dans ces états, où les deux grands partis sont à peu près à 50 - 50, celui qui gagne est celui dont les électeurs vont effectivement voter. L'important n'est donc pas de convaincre des dizaines de millions de téléspectateurs, mais de faire en sorte que quelques dizaines ou centaines de milliers d'électeurs n'aillent pas pêcher, mais fassent la queue devant l'isoloir. C'est ce qu'on appelle le Get-Out-The Vote (GOTV) : faire sortir les électeurs, en gros.

La première étape est d'identifier les gens qui sont les plus à même de voter pour son candidat. Ca a été un des secrets de Bush en 2004, trouver des gens prêts à voter républicain là où personne ne s'y attendait, c'est aussi une des recettes d'Obama. Une partie est facile : les moins de 30 ans et les noirs devraient voter très majoritairement pour Obama, ainsi que les Hispaniques dans une moindre mesure. Où habitent-ils, dans quels quartiers, à quelle adresse ? Quels sont les personnes abonnées à tel magazine qui laisse supposer un penchant à gauche ? La deuxième partie est de les inscrire sur les listes électorales. Contrairement à la France, on peut s'inscrire sur les listes assez tard, parfois jusqu'à un mois des élections dans un état aussi important que l'Ohio. Et on l'a déjà dit ici, l'équipe Obama a des objectifs très ambitieux d'inscription sur les listes électorales, qui se comptent en centaines de milliers de personnes pas état. Les nombres exacts sont secrets, leurs taux de progression ne sont pas communiqués ni commentés, ce qui explique en partie le manque de couverture : il y a très peu à dire, et il faut faire une véritable enquête. 

Ce qu'on peut savoir avec une bonne confiance, c'est le nombre de bureaux ouverts. Dans les derniers décomptes que j'ai vus, c'était je crois 336 Obama contre 101 McCain, ils sont encore cités maintenant mais ils datent de début août. En fait, il suffit d'aller sur le site et de compter les bureaux listés, ce qui un paquet de pages. J'essaierai de faire ça à l'occasion (ici pour McCain, et là pour Obama, choisir un état puis cliquer "Find"). Je dirais juste que depuis, l'avantage d'Obama est passé en Virginie de 28 - 6 à 38 - 9, de 23 - 6 à 38 - 6 dans le Wisconsin, et de 33 - 9 à 70 - 9 (Correction : 70 - 40) dans l'Ohio (en comptant 3 bureaux pas encore ouverts). Même dans les plus petites villes des plus petits états, sa présence se fait sentir. Créer et maintenir ces bureaux coûte de l'argent, et Obama en a besoin. C'est pourquoi la nouvelle qu'il a encore battu le record de recettes en un mois (66 millions de dollars) est vital : de tels efforts sont exorbitants. Ces bureaux ont des salariés, mais utilisent de très nombreux volontaires, qui sont formés à l'inscription de nouveaux électeurs.

La dernière étape du GOTV consiste à s'assurer que les gens vont bien voter. Et là, s'il faut tirer les gens par la peau des fesses, ce sera fait. Des déplacements sont organisés, des personnes sont parfois payées pour motiver et ramener les gens (street money : compter un demi-million de dollars pour la seule ville de Philadelphie), etc. En plus de la somme d'argent, c'est là que les 2,5 millions de donateurs d'Obama ont un rôle : nombre d'entre eux vont servir de chauffeurs, de crieurs des rues, etc.

GOTV

Donc si l'équipe d'Obama pense toujours avoir de bonnes chances de gagner, c'est simplement parce qu'ils se sont fixés des objectifs ambitieux et suffisants pour gagner, et qu'ils estiment qu'ils devraient pouvoir les remplir. Alors, est-ce de l'arrogance ou de la confiance ? En fait, on ne le saura qu'en novembre, quand on saura si leurs calculs auront été suffisants ou pas. S'ils ont tenu leurs objectifs et gagné, alors c'était de la confiance. Sinon, c'était probablement de l'arrogance. Tout consiste pour eux à conserver des supporters motivés.

A ce titre, les attaques négatives mensongères de McCain et le choix très pro-évangélistes de Sarah Palin est une bonne manière de continuer à faire rentrer des fonds et à enregistrer des volontaires. Le reste, c'est-à-dire la communication nationale, on dirait que c'est essentiellement pour continuer à rester devant ou au contact, pour que les gens ne s'inquiètent pas, qu'ils restent motivés, etc. Je continue à penser que s'ils ont annoncé leur rentrée financière d'août aujourd'hui plutôt que la semaine prochaine comme ils pouvaient le faire, c'est essentiellement pour calmer les supporters, les remotiver, leur redonner de l'espoir et donc des raisons de donner de l'argent ou du temps. S'ils avaient pu ne jamais le faire pour continuer à cacher leur jeu, ils l'auraient fait, je crois, avec plaisir. Une dernière inconnue à cette grande équation : les Républicains ont utilisé fortement le GOTV bien avant les démocrates, et l'équipe Bush a su en jouer avec énormément d'intelligence et de talent en 2000 et 2004. L'organisation de McCain a l'air en retard sur celle d'Obama, mais il reste peut-être des réflexes de ces dernières élections qui sauront leur servir au dernier moment.


*Quoiqu'il arrive, victoire comme défaite, un des calculs d'Obama pourra faire discuter longtemps : il suit globalement la "stratégie des 50 états" d'Howard Dean pour le parti Démocrate : renforcer les présences dans tous les états, même dans ceux où c'est désespéré, si pas pour maintenant, pour plus tard. L'équipe d'Obama est réellement présente dans une vingtaine d'états, mais a promis d'ouvrir des bureaux dans les 50. Le but n'est pas forcément de faire basculer certains états très républicains, mais d'aider les candidats démocrates au Sénat et à la Chambre des Représentants, non seulement cette année mais aussi pour les élections de 2010 et 2012, en conservant ces nouvelles installations. C'est donc une stratégie globale que visent Dean et Obama : non pas une victoire, mais une redéfinition totale des pouvoirs des partis américains, comme on n'a d'équivalents récents que la révolution reaganienne et le retournement du sud dans les années 60. Pour cette raison au moins, une défaite d'Obama dans le contexte actuel et vu le vide absolu qu'est parfois la campagne McCain serait un désastre phénoménal.

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