J'ai regardé tout à l'heure le premier meeting commun d'Obama et Biden. Celui-ci a prouvé ce que tout le monde pensait, qu'il était l'homme idéal pour jouer le rôle d'attaquant du ticket adverse habituellement donné aux candidats à la vice-présidence. Il a alterné les moments positifs, expliquant les qualités d'Obama, avec les négatifs et les critiques de son ami McCain, dont on va finir par croire qu'il s'appelle Bush - McCain.
Mais plus que tout ça, l'important a été la confirmation de ce qui est une sorte de changement de message subtil d'Obama. Après avoir représenté ce qu'il y a de plus extraordinaire en Amérique, il s'est présenté aujourd'hui comme ce qu'il y a de plus ordinaire. Alors certes, il a déjà navigué abondamment entre ces deux positions non contradictoires pendant les primaires, affirmant à la fois qu'il était différent et que sa plus grande victoire, qu'il doit aux USA, était d'être devenu un américain comme un autre.
Mais là, l'optique était différente. Obama a été élevé par sa mère et ses grands-parents, Biden a perdu sa femme et ses filles ; ils se sont faits tous seuls, sans venir d'une grande famille ; ils ont lutté pour en arriver là où ils sont. Ils représentent ce que peuvent espérer les américains des classes moyennes ou défavorisées pour leurs enfants, et ils les comprennent. En rajoutant les attaques sur les 7 maisons de McCain, ils veulent réorienter l'affrontement "changement contre expérience" par un message plus populiste du type "nous tous contre eux". Comme je l'expliquais hier, Obama semble penser que son parcours le rend synonyme de "changement", même s'il s'entoure de gens très expérimentés. Par conséquent, dans cette période de crise, il cherche à recentrer, encore et toujours, le débat sur l'économie. En se présentant comme le champion des travailleurs contre les représentants des riches, il cherche à ramener le débat sur un terrain plus favorable à tous les démocrates que celui de la politique étrangère, ou du choix cornélien entre le renouveau et l'expérience.
Niveau sondages, rien de très nouveau. Sur le plan national, Obama a toujours ses 2 points d'avance en moyenne environ, même si au niveau de chaque état le resserrement était presque total, la carte étant devenue à peu près un match nul. Mais les équilibres sont fragiles, et McCain ne peut être devant que quand tout va dans le bon sens pour lui. Obama, par contre, n'a besoin que d'assez peu pour reprendre nettement l'avantage. Ainsi, si le prochain sondage en Ohio (qui est en ce moment donné très légèrement à McCain en raison de plusieurs sondages en sa faveur, mais tous du même institut, Rasmussen) donne Obama en tête, il reprendra 40 ou 50 grands électeurs d'avance sur McCain.
L'accent sur Biden, puis la convention démocrate de la semaine prochaine, devraient en toute logique gonfler les sondages en la faveur d'Obama. La question est surtout de savoir si la convention républicaine, dans la foulée, où McCain sera entouré de Bush et Cheney, qui sont presque unanimement détestés, entraînera également une remontée de McCain ou plutôt une stagnation. Les montées post-conventions sont réelles mais souvent limitées dans le temps, mais si Obama en connaît une forte et McCain une faible, ce sera très mauvais signe pour McCain. Le contraire est également vrai, mais il semble moins plausible, sauf dans le cas où les supporters de Clinton ruinent la convention démocrate.
Sur le site, deux petits changements : j'ai rajouté en haut le petit bouton Addthis pour que vous puissiez partager cette adresse avec tous vos amis, ou, mieux, vos ennemis. N'hésitez pas à me faire de la pub, du moins si vous trouvez le moindre intérêt à ce que je raconte. L'autre, pas encore visible ; je suis en train de préparer une page spéciale pour Biden, et je ferai évidemment la même chose pour le colistier de McCain (je sens que si c'est Romney, je vais m'amuser). Elle devrait être en ligne dès ce dimanche.
En choisissant Joe Biden comme colistier, Barack Obama a-t-il cherché quelqu'un avec un deuxième prénom encore plus étrange que le sien ? Non évidemment, plutôt quelqu'un d'expérimenté, en particulier sur le domaine de la politique étrangère, qui pourrait l'aider dans les classes moyennes, en particulier blanches, plutôt un pragmatique, un homme d'action, qu'un théoricien.
Traditionnellement, on considérait qu'un vice-président devait compléter la candidat à la présidence. Si l'un était du Nord, l'autre était du Sud, l'un de l'Est, l'autre de l'Ouest, l'un centriste, l'autre un peu moins, un plus jeune, l'autre plus vieux, etc., le but étant alors autant de convaincre tous les électeurs que de contenter tous les membres du parti, qu'il y ait le moins de mécontents possibles.
Cette notion a explosé en 1992 lorsque Bill Clinton, un homme jeune, du sud, a choisi Al Gore, quelqu'un au CV aussi proche du sien que possible. Le but était alors d'amplifier le message de changement promis par Clinton, de prouver qu'il n'était pas un politicien ordinaire. Ce choix, souvent estimé le plus judicieux depuis très longtemps, a changé toutes les conventions. Aujourd'hui, les choses sont différentes. CQPolitics avait listé 4 principes, valables pour les deux grands partis, que l'on peut résumer ainsi :
1- Le VP ne peut pas s'opposer au parti sur l'avortement
2- Ne pas choisir un sénateur qui serait remplacé par un opposant
3- Le VP ne doit pas embarrasser ou être meilleur que le candidat
4- Le VP doit apporter quelque chose au candidat
Pas de problème pour le 1. Bayh, Jack Reed ou Mark Warner, entre autres, auraient été en difficulté à cause du point 2 (surtout en cette année où les élections au Sénat sont si importantes), et c'est probablement sur le point 4 que Sebelius et Kaine ont échoué.
Pour Biden, c'est plutôt sur le point 3 qu'il y a difficulté. C'est bizarrement une des rares personnes pouvant à la fois surclasser et embarrasser Obama. Il a ce que certains appellent une "diarrhée verbale", parlant sans arrêt et ayant toutes les peines du monde à s'arrêter. Ca peut être très fort, très poignant, c'est souvent très drôle et cinglant, mais ça peut être aussi de belles boulettes, voire pas toujours vrai. En tout cas, beaucoup pensent que, qui que choisisse McCain comme VP, Biden sera bien meilleur que lui lors du débat des candidats à la vice-présidence.
En fin de compte, le choix parle plus d'Obama que de Biden. Que signifie "apporter quelque chose" à Obama ? Obama est généralement perçu comme représentant le changement, mais manquant d'expérience. Il avait le choix entre renforcer son message de changement, ou le compromettre en compensant son inexpérience, ce qui signifie aussi la reconnaître. En choisissant Biden, il a donc cherché une solution de sécurité, ce qui est perçu par certains comme une preuve de manque de confiance.
Pourtant, c'est en même temps une preuve de confiance : Obama estime qu'un homme noir de 47 ans, même à côté d'un homme qui a passé 36 ans au Sénat, représentera forcément le changement aux yeux des Américains, et qu'il ne craint pas que McCain se moque de lui et de son slogan, "Change we can believe in", qui ne s'applique évidemment pas à Biden. Il pense pouvoir représenter seul une nouvelle génération, mais en sachant s'entourer de gens expérimentés. Dans ce cadre, Kaine ou Sebelius, plus jeunes et moins connus, n'auraient pas été utiles : ils n'auraient rien apporté sur le changement où Obama se suffit à lui-même, mais auraient renforcé les craintes liées à l'inexpérience.
Dans l'ensemble, un choix à la fois solide et risqué, que les Républicains ont déjà commencé à attaquer fortement, et qui, si les supporters de Clinton l'acceptent, pourrait mettre rapidement l'élection hors de portée pour McCain.
Ca avait commencé simplement, par une interview anecdotique que McCain a réalisé hier pour le site Politico. En quelques heures, l'escalade a été remarquable. A la simple question "combien vous et votre femme possédez-vous de maisons ?", McCain n'a pas su répondre. Ca peut paraître absurde, mais comme le fait remarquer Matt Yglesias, dans ce cas, ce n'est vraiment pas une question facile (plusieurs maisons sur une propriété, deux appartements transformés en un plus grand, la résidence de leur fille...). Mais au lieu de répondre rapidement 5 ou 7 ou quoi que ce soit qui pourrait être considéré vrai, il laisse répondre son staff plus tard, qui empire les choses en répondant sérieusement : "Au moins 4".
En l'espace de quelques heures, les proches d'Obama répétaient l'anecdote et se moquaient de McCain, puis Obama lui-même également et une publicité est faite pour être diffusée sur le câble, donc massivement.
La contre-attaque de McCain est toute aussi rapide et intense : attaques sur les liens d'Obama, déjà largement évoqués pendant les primaires, avec l'ancien terroriste d'extrême-gauche William Ayers et l'homme d'affaires condamné pour fraude Tony Rezko (et menacent de ressortir le pasteur Wright des cartons), ainsi que sur son "élitisme" présumé. Les termes sont secs, et on peut se demander si McCain a vraiment raison de monter le ton, considérant le nombre de casseroles qu'il promène mais qu'Obama n'avait pas voulu toucher, en particulier le scandale des Keating 5, pour lequel une enquête pour corruption avait été menée, et avait conclu à des "négligences" de McCain.
Pour bien comprendre ce qui se passe, il faut se rappeler qu'aux USA, il y a deux accusations qui peuvent s'avérer fatales et qui sont très dures à réfuter : l'élitisme et l'inconsistance, avec des mots clés simples : "out-of-touch" et "flip-flop". Le flip-flop, c'est un changement de position qui, s'il est répété, prouve le qu'un candidat n'a pas de convictions, mais tourne avec le vent (2008 : voir Romney, Mitt). Out-of-touch, c'est qu'un candidat ne comprenne pas les problèmes des pauvres gens : qu'Obama ait une maison avec 4 cheminées et une cave à vin ou donc que McCain ne souvienne même plus du nombre de maisons qu'il possède. Ce sont donc des accusations que tous les candidats tentent sur leurs concurrents, avec plus ou moins de succès. On considère souvent que le succès de Bush est dû à sa capacité de passer pour un gars sympa, avec qui on irait boire une bière, contrairement à ces riches libéraux de Gore ou Kerry, alors que leurs parcours personnels sont très proches.
Dans le cas d'Obama, noir ayant grandi en Indonésie, ayant étudié grâce à des bourses, ça paraît a priori difficile. Mais son éducation à Harvard, son comportement semblant parfois un peu arrogant, et bizarrement, le fait qu'il aime la roquette (peut-être à cause du nom anglais, arugula) permettent ce genre d'attaques, qui a plutôt bien marché.
Pour McCain, bien que descendant d'une sorte d'aristocratie militaire, riche grâce à son mariage à une héritière multi-millionnaire, son image de franc-tireur, grande gueule et d'indépendant le protégeait un peu jusqu'ici. Ses chaussures à 500$ avaient amené des syndicats à tenter de l'attaquer sur le sujet, et son commentaire sur le fait qu'on est riche à partir de 5 millions $ par an (ça fait loin de François Hollande) mais ça ne portait pas vraiment. Comme le dit Ambinder, quand on pense McCain, on pense à beaucoup de choses, mais pas à "riche".
Cet incident a donc une importance stratégique majeure. La bourde de McCain donne à Obama des arguments forts sur trois points majeurs :
• McCain est "out-of-touch". Il est trop riche pour comprendre les difficultés des américains, il n'a pas la notion de l'argent, il n'est "pas comme nous", etc. (de plus, cela fragilise probablement ses propres attaques sur l'élitisme d'Obama)
• McCain ne peut pas comprendre les difficultés de l'économie américaine (préoccupation n°1 des américains), puisqu'il n'en subit pas personnellement les conséquences. Il ne peut donc pas défendre la classe moyenne, dont Obama est le vrai représentant.
• McCain est gâteux. Ce n'est pas dit comme ça, évidemment, mais les commentaires mettent l'accent sur le problème de mémoire. Comme pour la couleur de peau d'Obama, on ne va jamais attaquer frontalement, on va utiliser des notions qui rappellent certains préjugés : les problèmes de mémoire dans un cas, la confrontation homme noir - femme blanche dans l'autre. Ceci est empiré par le fait que le ridicule de l'anecdote la rend d'autant plus facile à appréhender pour les commentateurs, les comiques et les présentateurs de night-shows (Leno, Letterman, Kimmel, O'Brien, Stewart, Colbert, ...) qui utilisaient déjà l'âge de McCain comme ressort fréquent de leurs blagues.
La force de la charge a été perçue par tout le monde, et pour une fois, une attaque d'Obama résonne dans l'inconscient collectif et est très fortement repris par les médias (alors que ses efforts pour faire passer McCain pour un nouveau Bush, probablement plus pertinents, sont beaucoup plus forcés). Du coup, il faudra probablement s'attendre à ce que le choix du VP d'Obama prenne un peu plus de temps que prévu. C'est même presque dommage pour Obama : le calendrier l'oblige à interrompre ses charges, puisque dès samedi il doit apparaître avec son vice-président, et ce ne sera peut-être pas le bon moment pour des attaques trop marquées, le message sera (à mon humble avis) plus positif, même s'il serait étonnant qu'il n'en soit pas fait mention.
Sinon, je pensais plutôt parler des sondages nationaux, mais vu l'actualité, je vous renvoie au site Ilovepolitics, où j'avais écrit un commentaire sur le sujet (le second).
Alors que toute l'actualité médiatique continue à tourner autour du choix du VP d'Obama, faisons un petit retour sur un sujet que j'ai abordé la semaine dernière : les stratégies pub,et plus généralement les stratégies de dépense.
Il y a quelques semaines, le New York Times avait publié ce graphique, montrant les dépenses en publicité des candidats en juillet.
Plusieurs conclusions intéressantes à en tirer sur les états où les candidats attaquent. J'en dirai simplement qu'on voit que les deux candidats sont assez offensifs, dépensant plus dans les états qu'ils espèrent gagner que ceux qu'ils espèrent conserver par rapport à 2004 (voir Ga, Fl, NC, IN pour Obama, Pa, Mi pour McCain). L'autre chose est que globalement, Obama dépensait plus que McCain, même si l'aide du parti républicain aide beaucoup celui-ci.
Ce mois-ci, les rapports sont modifiés. Talking Points Memo rapportait que dans les swing states, les états les plus importants, McCain dépensait beaucoup plus qu'Obama (en fait, il dépense plus sur un nombre plus restreint d'états, pour des dépenses totales équivalentes). Exemple : les dépenses de McCain par rapport à Obama sont de
Iowa : + 700 000 $
Missouri: + 500 000 $
Ohio: + 1 000 000 $
Pennsylvania: + 1 500 000 $
Michigan : + 1000 000 $
New Hampshire: + 0 $
New Mexico: 300 000 $ (deux fois plus)
Nevada: 800 000 $ (deux fois plus)
Missouri: 500 000 $
Virginia: - 1 000 000 $
Wisconsin: + 500 000 $
North Dakota: - 170 000 $
Pour expliquer cette différence énorme, alors qu'on part en général du principe qu'Obama a beaucoup plus d'argent à dépenser que McCain, deux points importants à considérer.
1. Comme je le disais hier pour le Colorado, McCain a beaucoup d'argent à dépenser avant la fin du mois d'août. Tout l'argent récolté pour les primaires doit être dépensé avant la fin officielle des primaires, le jour de l'investiture du candidat (début septembre). A partir du mois de septembre, McCain aura 84 millions $ au total à dépenser jusqu'au 4 novembre, ce qui est relativement faible, puisque les dépenses publicitaires ne sont qu'une partie des dépenses totales. Il pourra compter sur l'aide financière et organisationnelle du parti républicain, mais c'est toujours plus simple de gérer ça soi-même. Si McCain doit critiquer Bush pour gagner, ce sera difficile dans des pubs faites par son parti. Par conséquent, Obama pourra contre-attaquer de manière beaucoup plus efficace ces deux prochains mois, puisque McCain verra ses ressources limitées.
2. Ces dépenses ne sont que pour la publicité. Si c'est la priorité de McCain, rien n'indique que ce soit celle d'Obama. Sean, à 538.com, a rédigé récemment deux posts (1 et 2) sur l'organisation d'Obama sur le terrain, rappelant quelque chose que j'ai déjà dit ici : l'infrastructure locale d'Obama dépasse de très loin celle de McCain. Il estimait que la campagne d'Obama prenait environ 35 fois plus de contacts avec les électeurs que celle de McCain (après une nette amélioration de McCain, qui faisait beaucoup moins précédemment). Cela laisse présager une campagne de persuasion, de porte-à-porte, d'ampleur nationale. On estime qu'ils pourront compter leurs volontaires, qui prendront le temps de convaincre les indécis de leur quartier, en millions (3 000 000 pour Plouffe).
Mais s'il y a beaucoup de bénévoles, chaque état a une structure ayant de nombreux salariés, en permanence en déplacement et au téléphone. La facture totale d'une telle organisation est donc salée, et le vrai travail de persuasion n'a pas encore commencé. Contrairement aux pubs de McCain, ce sont des dépenses actuellement "sous le radar". Leurs effets ne se feront pas sentir avant plusieurs semaines. L'essentiel sera alors pour Obama que ses volontaires n'arrivent pas chez les électeurs après qu'ils aient déjà fait leur choix pour McCain.
3. Même si ça ne change pas les structures ou les stratégies de dépenses, il est intéressant de noter que de plus en plus, McCain cherche à faire des publicités nationales qui feront beaucoup de bruit, alors qu'Obama présente nationalement des publicités en général très positives, mais localement, dans les états clés, des spots très critiques sur des sujets propres aux états considérés. Il cherche ainsi à rendre à McCain coup pour coup, mais sans que son image "positive" n'en subisse les conséquences.
Demain : commentaires sur le choix du VP d'Obama ?
• C'est pas moi qui attend le week-end (quoique), ce sont les journalistes américains, qui passent un temps fou à analyser les courants d'air. Le choix officiel du candidat à la vice-présidence d'Obama étant la semaine prochaine lors de la convention démocrate, sa présentation devrait se faire auparavant. D'après Ambinder, c'est maintenant décidé : la présentation officielle sera samedi, suivant normalement le SMS qu'enverra la campagne à qui s'est inscrit, vendredi soir ou samedi matin. Pour McCain, ce sera, d'après tous ces mêmes gens, le vendredi 29, le jour de son 73ème anniversaire. Autrement dit, après exactement ce que j'avais dit la semaine dernière, sans vouloir me vanter : j'ai rien inventé, tout le monde le prédisait déjà il y a plusieurs semaines... tout ça juste pour dire que beaucoup d'encre (ou de pixels) se perd pour pas grand-chose.
La même chose se produit sur les possibles vice-président eux-mêmes. C'est assez amusant de voir des "courses à la vice-présidence", un peu similaires à la course à la présidence, sauf qu'il y a un seul électeur, et qu'il n'est pas sondé ! Autrement dit, personne n'a d'info réelle, juste des opinions et des rumeurs & ragots qui se répandent sans réelle raison. Parfois, des noms sont réellement "donnés en pâture" aux journalistes, mais pour des raisons qui peuvent être différentes. On peut chercher à faire parler d'un collègue qu'on aime bien, ou s'amuser à faire de la contre-information, ou donner l'impression qu'on s'intéresse à quelqu'un pour rassurer ses électeurs, même sans vouloir le choisir ou réellement tester les réactions qu'entraînent une personne... Tout ça se passant en même temps, ça s'annule : on dit en ce moment que ça "devrait être" Joe Biden chez les démocrates. Je n'ai rien contre lui, mais ces informations ne sont basées sur rien de réel, sinon l'opinion de pas mal de gens que ce serait le meilleur choix. Mais que pense Obama de Biden ? Personne ne le sait... De plus, Biden dit que ce n'est pas lui. Pour ceux qui ne se rappellent pas, un souvenir de 2004 : le scoop planté du New York Post sur le choix de Kerry...
• Sinon, que se passe-t-il dans le Colorado ? L'état n'a jamais autant été aussi important dans l'élection présidentielle. Sur la carte électorale "actuelle", il est l'état qui fait pencher la balance. Si Obama conserve comme prévu les états gagnés par Kerry (seuls le New Hampshire et le Michigan devraient être problématiques) et gagne dans l'Iowa et le Nouveau-Mexique, alors pour gagner, il lui faut un état parmi : la Floride, l'Ohio, la Virginie, l'Indiana, la Caroline du Nord, le Missouri, ou le Colorado. Bien qu'il ait des chances de gagner dans tous ces états, c'est dans le Colorado qu'Obama est le mieux placé (le seul où 538.com le met à plus de 50 % de chances de victoire). Or les derniers sondages disponibles placent McCain devant Obama dans le Colorado. Mauvais signe pour les démocrates ?
Pas tant que ça. C'est pas très bon, évidemment, et ça colle avec le regain récent de McCain sur l'ensemble du pays. Il n'y a pas de surprise : lorsqu'un candidat remonte, les états les plus fragiles sont ceux qui se retournent les premiers.
Pourtant, il n'y a pas encore de raison de s'inquiéter, au Colorado plus qu'ailleurs. D'abord, l'avantage qu'a Obama financièrement ne se fait pas encore sentir. McCain en est encore à dépenser son argent des primaires en publicités nationales, ce qu'il ne pourra faire que jusqu'à fin août, alors qu'Obama dépense des sommes énormes à organiser la campagne de terrain qui aura lieu en septembre - octobre, voire le jour du vote. De plus, la convention nationale démocrate a lieu, et ce n'est évidemment pas un hasard, à Denver, Colorado. Si la presse nationale va couvrir l'événement fortement, cela sera également un signal local très fort, qui se fera sentir dans les sondages dans l'état.
Enfin, peut-être encore un de ces points cruciaux dont personne ne parle : McCain a peut-être perdu tout espoir de gagner le Colorado ! Pour résumer : 7 états se partagent l'eau de la rivière Colorado : le Wyoming, l'Utah, l'Arizona (états républicains), la Californie, le Nouveau-Mexique (démocrates), et deux états indécis, le Nevada et le Colorado (le Nevada étant un peu plus favorable aux républicains). En raison de problèmes démographiques, la Californie, le Nevada et l'Arizona voudraient avoir plus d'eau, ce que refusent les autres en raison d'un contrat assez ancien. En se déclarant favorable à une renégociation de ce contrat, ce qui favoriserait son état d'origine, l'Arizona, McCain risque de se mettre tout l'état à dos. Même le candidat républicain de l'état au Sénat a dû s'opposer à lui.
Les prochains sondages seront donc intéressants. S'ils sont faits entre la convention démocrate et la républicaine, on peut imaginer de manière réaliste Obama gagner 10 à 20 points...
La semaine dernière, j'ai appris un peu tard qu'il n'était pas possible de mettre à jour ce site depuis l'étranger, merci Free. J'avais commencé à écrire un post, que j'ai mis en ligne ci-dessous. Du coup, je n'aurai pas le temps de rentrer dans tous les détails que je voulais aborder, mais comme il était déjà trop détaillé, ça ira pour l'instant.
Je suis en ce moment en train de rattraper mon retard sur toutes les infos que j'ai loupées. Heureusement, je suis parti cette semaine, et pas la dernière d'août.
En effet, tout va s'accélérer à partir du courant de cette semaine. On attend le choix du vice-président d'Obama cette semaine, à partir de là c'est non-stop jusqu'à début novembre.
La convention démocrate a lieu du 25 au 28, le 29 est l'anniversaire de McCain, le week-end du 30 au 1er septembre est férié (Labor Day), et la convention républicaine a lieu du 1er au 4.
Pas de repos les semaines suivantes, alors qu'on va chercher à présenter les vice-présidents aux américains, et attaquer le choix de l'adversaire. Après ça, arrivent les débats présidentiels : 26/09, 07/10 et 15/10, ainsi que le 02/10 pour le débat entre les deux candidats à la vice-présidence, et donc 4 novembre, les élections.
Donc en résumé : encore quelques jours de calme, et après ça... deux mois et demi au sprint, sans prendre le temps de respirer.
A partir de demain, je reprends mon rythme normal, en revenant sur l'état de la course, où McCain s'est refait une santé... sans devancer Obama.
Ce qui est valable pour Obama... comme pour moi. Il suffit que je tourne la tête trois jours pour qu'une guerre et un scandale sexuel éclatent (devinez ce qui intéresse le plus les médias américains), sans parler de très nombreuses infos sur l'état de la course à la Maison Blanche, via les sondages, les JO, le calendrier, l'organisation sur le terrain, les conventions nationales, etc., alors que la mi-août est généralement décrite comme ce temps mort entre les phases d'organisation post-primaires et la fin août surchargée avec les choix des vice-présidents, les conventions nationales et le réel lancement de la campagne présidentielle (si, si, pour l'instant ça a été assez tranquille).
Aujourd'hui, je vais essayer de faire le point, et de rappeler où on en est, en abordant brièvement tous ces sujets. J'irai plus en détails de chacun progressivement cette semaine.
Obama mène la course. Son avance n'est ni énorme ni définitive, mais elle est pour l'instant stable. Dans un contexte très défavorable aux républicains, McCain a décidé d'utiliser une stratégie très agressive, en particulier dans des publicités nationales dont le ton risque de lui faire perdre son image d'homme honnête, indépendant du parti républicain, ce qui est sa plus grande force.
Les stratégies publicitaires sont donc pour l'instant très différentes. McCain essaye de modifier la perception qu'ont les Américains d'Obama, mais en continuant à mettre en avant son image de franc-tireur. Obama, lui est beaucoup plus factuel et local : il attaque McCain dans des états donnés sur des positions ou décisions spécifiques. Ainsi, dans le Névada, une publicité montre que McCain est pour une décharge de déchets nucléaires dans cet état, tout en refusant que ces déchets traversent son propre état, l'Arizona. Les spots nationaux d'Obama sont beaucoup plus positifs, comme celui diffusé lors des JO, présentant une Amérique industrielle prête à passer à une ère plus technologique, menant la recherche sur les technologies vertes.
Depuis la dernière réorganisation de la hiérarchie de sa campagne, McCain met beaucoup plus l'accent sur un aspect de la campagne qu'il avait négligé : l'organisation locale, en particulier les visites aux particuliers et les coups de téléphones aux électeurs jugés centristes. Malgré une augmentation importante du nombre de contacts, il paraît toujours très loin des scores d'Obama.
Après son voyage en Asie et en Europe, et plusieurs éléments de politique étrangère qui avaient tourné en sa faveur, Obama avait fait taire les critiques sur son inexpérience. Le début de la guerre entre Russes et Géorgiens remet le sujet en première ligne. Les deux candidats sont sur la sellette : dans les premiers instants, Obama a semblé être trop diplomate, McCain trop belliciste. Obama a un peu tergiversé, McCain a été le premier à être (comme toujours) très critique envers les russes, position vers laquelle tendent maintenant les autres acteurs de la vie politique américaine. Le fait qu'un de ses plus proches conseillers ait longtemps été fait du lobbying pour la Géorgie pourrait tourner dans un sens ou dans l'autre, dépendant de la tournure des événements.
John Edwards, qui aurait pu être le candidat démocrate à la présidence, vient d'avouer avoir eu une liaison en 2006, alors que sa femme est actuellement en train de soigner un cancer. Démocrate influent, son histoire pourrait pourtant faire le jeud'Obama, puisque l'histoire sentimentale de McCain est assez tourmentée : il avait quitté sa première femme, défigurée après un accident de voiture quand McCain était prisonnier de guerre au Vietnam, pour Cindy, sa compagne actuelle, alors qu'ils étaient encore mariés. D'autres accusations d'infidélité, non prouvées, ont également fait surface cette année.
Les conventions nationales approchent, et avec elles les choix des candidats à la vice-présidence, qui devraient être annoncés avant la fin du mois. Ce sera probablement vers les 22-23-24 août pour Obama, après ses vacances, vers la fin des JO et avant le début de la convention le 25. Pour McCain, ce devrait être aux alentours du 30-31, après le discours d'Obama du 28, pour "casser" la couverture médiatique qui en sera tirée. Obama sera entouré de sa femme et de la famille Clinton ; McCain de Bush et Cheney. Ce n'est pas dit que ça fasse les affaires du candidat républicain, sauf s'il prenait le risque d'utiliser la convention pour mettre en avant ses différences avec le parti. Tenter son va-tout, en quelque sorte...