Pour commencer, un petit retour sur Sarah Palin. Comme à peu près tout ce que fait Colbert, ça me fait beaucoup rire.
Aujourd'hui, j'espère pouvoir mettre en ligne la page de Sarah Palin, ça va être encore plus rigolo que Romney ou Pawlenty (heureusement que j'avais pas pris d'avance...).
Sinon, comme expliqué l'autre jour, l'ouragan Gustav est en train de mettre le bazar dans la convention républicaine. Sans même parler de la mauvaise pub, rappeler les échecs de la gestion post-Katrina de 2005, qui peuvent être compensés par une meilleure réponse, plus efficace, et par quêtes pour les victimes, etc., il y a de vrais problèmes d'organisation. Bush, très critiqué pour ne pas s'être déplacé rapidement il y a 3 ans (il était à l'anniversaire de John McCain), ne devrait pas y aller (Cheney non plus). Il pourrait s'adresser au pays au lieu des seuls républicains. D'importants speakers, comme Bobby Jindal ou Charlie Crist, gouverneurs de Louisiane et Floride, devraient rester chez eux. McCain a évoqué la possibilité de faire son discours par satellite depuis la côte. Pourtant, c'est un trop gros événement pour être déplacé (je ne sais pas si les lois électorales le permettent, il faut quand même que le parti républicain se choisisse officiellement un candidat). Ajouté à ça les impasses de nombreux candidats au Sénat ou à la Chambre des Représentants et d'Arnold Schwarzenegger (ayant des problèmes pour faire passer un budget dans son état de Californie), on voit que l'ambiance risque d'être très étrange..
Les républicains auront du mal à attaquer l'inexpérience
d'Obama, ils seront peu nombreux, ils parleront pendant des événements
qui pourraient être difficiles, voire dramatiques (bien que je suppose
que la réponse sera cette fois efficace), et si c'est le cas ne
pourront pas être trop négatifs ou partisans. Entre ça et la choix de
Palin, la convention sera politiquement plus intéressante que je ne le
pensais...
J'apprécie personnellement beaucoup plus Obama que McCain Pourtant, j'essaie autant que possible d'analyser cette campagne en laissant de côté mes préférences, et en rapportant ce que je lis sur mes sites de référence. Aujourd'hui, ma tentative d'impartialité est mise à rude épreuve. Pour moi, je vais être clair, McCain a perdu l'élection aujourd'hui (même s'il n'était pas le favori, il pouvait encore se refaire).
D'après ce que tout le monde dit d'elle, Sarah Palin est une femme admirable. Ancienne Miss, athlète, puis maire de Wasilla, Alaska (entre 6 et 9000 habitants), et enfin récemment gouverneur de l'Alaska, elle est très conservatrice (pro-avortement, chrétienne, assez ouverte sur le créationnisme, doutant de l'origine humaine du réchauffement climatique) tout en ne respectant pas les clichés : elle est jeune, dynamique, agréable. Pour McCain, elle a une force évidente : elle a le potentiel d'à la fois rassurer sa base républicaine et de convaincre des femmes modérées, les anciennes supportrices d'Hillary Clinton en particulier. Elle renforce son image de Maverick, de franc-tireur, et elle représente tout sauf un troisième mandat de Bush ou l'administration de Washington. Dans ce sens, elle présente des avantages stratégiques considérables, essentiellement en arrêtant certaines des attaques que les démocrates répétaient sur McCain.
Son problème principal, c'est qu'elle empêche aussi les attaques que les républicains utilisaient sur Obama. Comment McCain peut-il apparaître honnête, après 6 mois de critique du manque d'expérience d'Obama, en choisissant une femme qui n'a de toute évidence aucune expérience en politique internationale ? Il peut toujours dire que ce sujet sera son domaine protégé, mais John McCain est vieux, il a été touché par plusieurs attaques d'un cancer de la peau (mélanome) pour lequel il a encore été traité rapidement cette année, l'hypothèse d'une mort dans les 4 ou 8 années à venir est loin d'être absurde. Les américains vont forcément se demander s'ils pourront faire confiance à Sarah Palin, Présidente des USA. Cela fait plus d'un an qu'Obama parcourt les USA, voire le monde, pour convaincre qu'un homme noir, un peu jeune, peu expérimenté, peut faire ce travail. Petit à petit, il est en train de faire son retard sur une opinion a priori très sceptique. Sarah Palin, complètement inconnue, a 2 mois pour se présenter aux américains et les convaincre, alors qu'elle sera examinée sous toutes les coutures.
Et en les examinant, on verra qu'elle est sous le coup d'une enquête pour problèmes éthiques. L'ancien mari de sa soeur est "trooper" en Alaska. Après leur divorce, et pendant une bataille rangée pour la garde de l'enfant, elle a demandé au responsable de l'ex-beau-frère de le renvoyer. Il a refusé, donc c'est lui qu'elle a renvoyé. Ce n'est pas le pire scandale touchant un candidat à la Maison-Blanche, mais ça fait mauvais genre. Il y a ensuite ses positions, très éloignées de celles d'Hillary Clinton, qui laissent douter qu'elle puisse vraiment convaincre les anciens supportrices de l'ex-First Lady qu'elle est censée séduire.
C'est là qu'est le second important problème : la manoeuvre paraît évidente, sans aucune subtilité. Un gimmick, dit déjà Chuck Todd. Beaucoup pourraient trouver insultant que McCain pense gagner ces votes de manière aussi transparente. Ca reste à voir, et c'est une des questions principales. Car si on commence à vraiment penser de manière générale que ce choix n'est que stratégique, on va se pencher un peu plus sur le fait qu'il ne la connaît même pas (il ne l'avait apparemment rencontrée qu'une fois, il y a 6 mois, avant de la voir pour lui proposer le poste).
C'est pour McCain un formidable pari, mais c'est aussi un pari très, très risqué. Cela va changer complètement le reste de la campagne. Les attaques portées les uns contre les autres vont être modifiées (j'imagine en ce moment le désespoir de tous les speakers de la convention républicaine, qui avaient probablement préparé un texte mettant en avant le manque d'expérience d'Obama). Certains républicains espèrent que les démocrates attaqueront son expérience et que ça se retournera contre Obama, mais je suis plutôt d'accord avec je ne sais plus qui (je ne retrouve pas la page...) : ça met plutôt de côté le problème de l'expérience, qui était juste la seule carte "majeure" dans le jeu de McCain.
Honnêtement, l'excitation des premiers jours passés, je sens que ça va être très dur pour McCain et Palin, pour qui la campagne va être une épreuve terrible. Bonne chance à eux...
David Plouffe, qui vient de faire une sorte de discours devant le public de l'Invesco Field pour inciter les gens à se mobiliser pour Obama, se plaint apparemment que les journalistes ne comprennent pas les implications du large "enthusiasm gap" séparant les deux candidats. En gros, si les gens sont partagés plus ou moins 50-50 entre McCain et Obama, ce ne sont pas des 50 qui se valent : en très gros, 30 sont très Obama, 20 plutôt Obama, 30 plutôt McCain, 20 très McCain, et encore, c'est en étant poli avec McCain. Différentes manières de sonder disent la même chose : les démocrates sont plus remontés que les républicains. Pourtant, les sondages habituels les comptent de la même manière.
Les gens sont questionnés par téléphone, ils répondent de la même manière, mais vont s'investir différemment. Des gens très motivés vont convaincre leurs amis, vont peut-être aider la campagne à passer des coups de téléphone ou faire du porte-à-porte, et surtout, le jour du vote, ils se lèvent et vont voter (ou mieux, ils auront voté deux mois plus tôt, dès le premier jour du vote par correspondance). Les gens moins motivés ont plus de chance d'aller à la pêche, comme on dit ici. Ils vont peut-être reculer plus facilement devant les files d'attente. S'ils sont fatigués ou ont mal à la tête, ils resteront chez eux, alors qu'un homme noir dans un état clé ira voter même si o lui coupe une jambe la veille.
Comment peut-on vraiment voir que l'énergie entre les deux partis est différente ? Obama remplit sans aucune difficulté un stade de plus de 75000 personnes (est-elle en train d'échanger du sexe contre une place ?), alors que McCain n'arrive pas à trouver 10000 spectateurs pour le sien. Vu qu'en plus de nombreux candidats républicains au Sénat ou à la Chambre des Représentants ne vont pas à la convention républicaine, on imagine facilement la différence d'ambiance entre les deux partis. Mais une énergie ne sert à rien si elle n'est pas candalisée. C'est pourquoi il est bon de rappeler une des principales qualités d'Obama : il enflamme les foules, les convainc de l'aider, et sait mettre en place une organisation exceptionnellement détaillée, précise, et efficace. C'est comme ça qu'il a réussi à battre Clinton, et c'est comme ça qu'il espère battre McCain.
A propos d'enflammer les foules, c'était donc cette nuit le discours d'Obama. Il a réussi à allier fond et forme, programme et rhétorique, attaque de McCain et défense des valeurs des démocrates, dans un discours très bien construit. Ecrire et réciter un bon discours est une des principales forces d'Obama, il était très attendu, et a réussi à faire aussi bien, voire mieux, que ce qui était attendu. De manière générale, il continue à se replacer comme un candidat démocratique "classique", et veut montrer que le changement qu'il représente n'est pas un changement lié à sa personne, mais celui que des démocrates créeraient en remplaçant des républicains. Avant lui, Richardson avait été très offensif, et Gore avait replacé l'élection dans un contexte proche de l'élection de 2000. Il a eu ma phrase préférée de la semaine, à propos des idées de McCain et de celles de Bush : "Je suis pour le recyclage, mais là c'est ridicule".
La convention démocrate est finie, je pense que c'était pour les démocrates une vraie réussite. Au tour de McCain aujourd'hui : on attend son choix de vice-président aujourd'hui (Romney ?), au plus tard demain, et la convention républicaine commence lundi. Le speech de McCain sera forcément très attendu et comparé à celui d'Obama. Ce sera un véritable challenge pour le sénateur de l'Arizona, pour qui ce format n'est pas la plus grande force.
Pendant cette lovefest démocrate, au milieu du tapage sur une unité à faire ou à défaire, je me demande si on ne passe pas à côté d'un point important. Si les rebonds dans les sondages post-conventions sont généralement inutiles dans le sens où tout revient à sa place au bout de quelques semaines, j'ai souvent entendu parler d'un effet local plus marqué, mais sans trouver d'informations fiables pour en juger les effets réels.
Case in point : la DNC se passe à Denver, Colorado, un des états clés cette année. Si la théorie est vraie (rappel : je n'en ai aucune idée) et qu'Obama y gagne quelques points grâce à cette présence à cette couverture locale plus intense (et en imaginant la même chose pour les républicains à Minneapolis - St-Paul, même si de nombreux républicains feront l'impasse pour ne pas être trop associée à l'image actuelle lamentable du parti républicain), ça amène à quoi ? D'abord, l'avance moyenne d'Obama est de l'ordre d'un point au Colorado (même si le sondage CNN du jour donne McCain à +1) et 6 points dans le Minnesota. David Plouffe, stratège d'Obama, donc un tantinet biaisé, estime que s'il perd le Colorado, McCain a 5 % de chances de gagner l'élection. C'est sûrement exagéré, mais ce n'est pas à rejeter pour autant.
Si le gain est de 2 ou 3 points, ça éloigne le Colorado de McCain, et ça amène Obama à 269 grands électeurs sans compter les swing states. Dans ce cas, ça devient vite compliqué pour McCain. Même s'il gagne en Floride, en Ohio, en Virginie, dans le New Hampshire, ce n'est pas suffisant (un nul 269-269 devrait lui être défavorable). Il lui faut récupérer les états les plus à même de basculer d'Obama vers lui, probablement le Nouveau-Mexique, le Michigan ou le Minnesota, des états où il a au moins 4 ou 5 points de retard, d'où l'intérêt de compenser localement le gain des démocrates au Colorado par un gain au Minnesota (10 EV contre 9 pour le Colorado). Il faut donc à McCain espérer que ce gain post-convention soit nul pour garder une chance dans le Colorado ou au contraire important pour, comme aux échecs, sacrifier une pièce, le Colorado, pour en gagner une dans le nord, le Minnesota. Est-ce un scénario qui empêche la campagne Obama de dormir ? A mon humble avis, pas vraiment...
Donc en attendant que de nouveaux sondages me prouvent du contraire, je reste de l'avis, moi aussi, qu'Obama reste beaucoup mieux placé que McCain.
Au niveau des discours du jour, Kerry, qui avait été fortement occupé de retournements de veste en tout genre il y a 4 ans, a renvoyé cette accusation sur McCain, ce qui plaira beaucoup aux médias. Bill Clinton a apparemment fait mieux que prévu, rappelant pourquoi il est le seul démocrate depuis 40 ans à avoir été président pendant 8 ans, et affirmant, ce qu'Hillary n'avait pas fait, qu'Obama était prêt à être président. Il est certes bien placé, les républicains à l'époque avaient port le même genre d'attaques sur lui, et ses années à la Maison Blanche sont plutôt considérées comme des bonnes années (Monica exceptée). Enfin, Biden, comme on l'attendait, à délivré un discours à la fois touchant, personnel et agressif sur la politique étrangère. La soir a aussi été marquée par la procédure de nomination officielle, terminée par la demande d'Hillary de le nommer non par comptage, mais par acclamation (surprise évoquée depuis plusieurs jours quand même), et Obama a fait une apparition surprise pour saluer les délégués et passer au moins une fois dans le hall de la convention.
La nuit prochaine : le discours d'Obama, mais également Howard Dean, Tim Kaine, Stevie Wonder et surtout Al Gore.
Le détail du jour : les républicains sont très inquiets de la tempête Gustav, qui se rapproche de la côte sud-est des USA, et pourrait toucher la Nouvelle-Orléans le 1er septembre. Ce lundi est le premier jour de la convention républicaine, trois jours après le 3ème anniversaire de l'ouragan Katrina. Les démocrates rappelleront sa gestion catastrophique par Bush, qui ne s'était à l'origine pas déplacé, car il était à l'anniversaire de McCain (vendredi). Lundi est également le jour où Laura et George Bush étaient censés parler. Ce sera difficile d'aller parler si l'ouragan est en train de détruire la côte.
Pendant la convention, les sondages continuent. Comme souvent, sans que je sache bien pourquoi, les nationaux paraissent dire une chose, ceux dans les états le contraire. Alors que les quotidiens de Rasmussen et surtout Gallup sont relativement défavorables à Obama (égalité pour RR, +2 McCain pour Gallup, pour la première fois depuis des lustres), les résultats restent plutôt favorables à Obama dans certains des états les plus importants.
Pour Quinnipiac, Obama est à +1 en Ohio et +7 en Pennsylvanie, et -4 en Floride, et pour PPP, -3 en Caroline du Nord (ce qui est encore meilleur signe pour Obama en Virginie, état très proche, similaire, mais légèrement plus démocrate). Le plus étrange est que ces résultats sont excessivement normaux : ils sont à peu près tous exactement là où on les attend (voir ici ou ici) à 1 point près environ, rien d'anormal... ce qui est inhabituel. Note : il y a quand même un autre sondage national, continuant à donner Obama à +4, donc tout ne va pas mal sur ce front pour lui.
Après le discours (que j'ai bêtement oublié de mentionner hier) de Ted Kennedy, qui a été reçu très chaleureusement par la foule, Michelle Obama a fait les gros titres. J'ai l'impression aujourd'hui d'être le seul à ne pas l'avoir trouvée phénoménale, simplement très bonne. Certains journalistes s'amusaient même à se demander si les américains avaient choisi le bon Obama... Enfin, tout semble indiquer que c'est une femme admirable, que beaucoup d'américains n'apprécient pas. Un message optimiste, centré sur la famille, sur non pas le patriotisme mais la profonde identité américaine de Michelle et Barack, c'est donc ce que le médecin a prescrit.
La nuit passée, les discours de Mark Warner et surtout d'Hillary, fréquemment décrit comme le plus importante de la semaine (c'est probablement vrai ; à titre personnel, je suis beaucoup plus curieux d'entendre les discours de Bill Clinton, plus imprévisible et encore fâché, et de Barack).
Apparemment, celui de Warner, pas offensif mais pointant vers le rassemblement, a été poliment reçu, mais sans enthousiasme, contrairement à celui de Clinton. Elle a très peu parlé d'Obama, mais a expliqué à ses fans pourquoi ils n'avaient pas le droit de voter pour McCain. De manière générale, après un lundi plus calme servant à présenter Michelle, ce mardi a été très offensif. Les "petites phrases" sont acérées et nombreuses. Ma préférée pour l'instant : "si John McCain est la réponse, la question doit être ridicule" (D. Patterson, gouverneur de New York). Sebelius, Schweitzer, et d'autres, s'en sont données à coeur joie, mais on se rappellera sûrement plus de Clinton et de son "No way. No how, No McCain". Reste à voir ce que dira Bill ce soir.
La Convention Démocrate s'est ouverte, et avec elle (depuis la sélection de Biden samedi, en fait), la réelle campagne présidentielle. Si 2004 peut servir de référence, ce qu'on pense maintenant n'a pas grand-chose à voire avec ce qu'on pensera dans deux mois, à l'approche de l'élection, et ça va beaucoup bouger entre temps. ( Note :sur cette même page, je ne peux pas m'empêcher de revenir sur ce que je disais hier : depuis deux mois, McCain a rattrapé son retard si on compte les sondages dans tous les états, mais si on ne regarde que les états où un candidat a une avance raisonnable (plus de 5 %), Obama a consolidé son avance, et McCain a tendance à descendre ! Si c'est vraiment représentatif, ça n'est pas une bonne nouvelle pour McCain : il a besoin que tous les états "incertains" soient pour lui, avec aucune marge d'erreur. Il est dommage que je ne puisse pas comparer ce principe avec d'autres sites ayant des méthodes différentes, pour voir.)
Souvent, les sondages disent qu'Obama rassemble moins bien les démocrates que McCain les Républicains : environ 75 à 80 % des démocrates sont pour Obama, 85 à 90 % des républicains pour McCain. Les indépendants sont partagés à peu près moitié - moitié, et pourtant Obama est devant (exemple parfait, page 7). Pourquoi ? Parce que beaucoup plus de gens se déclarent démocrates. Pour différents analystes, c'est donc dans les rangs des démocrates qu'Obama a le plus de gains à réaliser. Il faut donc s'attendre à une convention très "démocrate", centrée sur l'économie, mettant en avant le couple Clinton, etc.
De plus, l'équipe Obama estime que de nombreux indépendants, en particulier les femmes, pourront être convaincus de voter pour Obama quand ils se rendront compte que McCain est fermement contre l'avortement, ce que beaucoup ne savent pas. De nombreux sondages montrent le soutien de McCain faiblir quand cette information est donnée.
A attendre cette semaine : une image d'union (apparente ou réelle), d'espoir, de changement, de patriotisme, mais aussi d'attaques contre McCain et ses maisons innombrables. Alors qu'on parlait jusqu'à assez récemment d'une convention relativement positive, celle-ci risque de prendre une tournure très négative. Comme on dit là-bas, on va chercher à établir des "contrastes".
Les discours importants, sans grande surprise : Michelle Obama le lundi, Hillary Clinton ce mardi, Bill et Joe Biden mercredi, et évidemment Barack Obama jeudi, présenté par Al Gore dans le stade de 75000 places des Denver Broncos. A noter aussi : Mark Warner, l'ancien gouverneur et futur sénateur de Virginie, qui occupera le rôle de "keynote speaker", ou d'orateur principal, qui avait été celui d'Obama en 2004.
En attendant, les sondages des deux derniers jours, censés commencer à prendre en compte la présence de Biden, ne frémissent qu'à peine. Néanmoins, si cette semaine à Denver pouvait mettre le Colorado hors de portée de McCain, ce serait déjà une très grosse réussite pour Obama.
Dès ce lundi commence la convention démocrate, suivie dans la foulée par le choix du vice-président de McCain et de la convention Républicaine. Pendant quelques semaines, les sondages risquent de fluctuer fortement au gré des événements. Mais le temps que les effets des conventions disparaissent, on approchera des débats, qui ont également des effets considérables sur tous les sondages. Il est donc temps de faire le point, avant que les choses sérieuses ne commencent. McCain a-t-il vraiment refait son retard ? Obama est-il toujours le favori ?
Résumé : Oui, McCain s'est considérablement rapproché, mais cela paraît fragile, donc oui aussi, Obama reste le favori.
Analyse : L'analyse d'il y a un mois et demi est toujours globalement valable, mais actualisons ça un peu. Pour devenir président, il faut gagner assez d'états pour avoir 270 grands électeurs (ou EV). Mais vu le prix que constitue les publicités et les organisations dans chaque état, les candidats limitent les dépenses aux états qu'ils estiment ne pas être joués d'avance, s'appuyant en particulier des sondages internes, et faisant des choix stratégiques, prenant parfois des risques. Si l'on regarde mon post de jeudi, on voit les états dans lesquels les candidats ont vraiment dépensé de l'argent, preuve de leur réel engagement.
Première conclusion : tous les états qui ne sont pas dans cette liste sont ignorés par les deux campagnes, ils sont concédés par un camp à l'autre. Si j'y rajoute le Texas, où les dépenses d'Obama sont négligeables relativement à la taille de l'état (contrairement à l'Alaska, par exemple), on obtient 3 groupes d'états :
• Obama
"certain" 190 EV
• McCain "certain" 134 EV
• Etats disputés 214 EV
L'avance d'Obama n'est pas phénoménale, mais pas négligeable non plus : il lui faut un tiers des EV des états disputés pour l'emporter. La suite est moins claire, et les avis divergent entre les analystes. D'après moi (après analyse des conclusions différentes de plusieurs sites ou articles), dans les états restants, les sondages montrent une avance relativement importante pour Obama en Pennsylvanie et dans le Michigan (où McCain ne fait pourtant pas de la figuration, et qu'il espère réellement renverser à son avantage), ainsi que dans le Wisconsin, l'Iowa, et le Minnesota (lieu de la convention républicaine, ce qui peut changer les écarts). Pour McCain, le Missouri, la Géorgie, la Virginie de l'Ouest, l'Alaska, voire l'Indiana, le Montana et le Dakota du Nord pour être généreux, sont plus que probables malgré les efforts d'Obama. Avec ces états, on obtient :
• Obama
"probable" 255 EV
• McCain "probable" 185 EV
• Etats incertains 98 EV
Ces derniers états peuvent basculer, mais plus probablement dans le cadre d'une victoire large : s'ils ne vont pas là où ils sont prévus, c'est normalement qu'un candidat aura largement devancé l'autre, et on saura qui a gagné l'élection plusieurs jours avant qu'elle n'ait lieu. Les états qui restent sont ceux qui peuvent basculer d'un côté ou de l'autre, indépendamment des autres, et donc faire la différence. Ils sont7, pèsent 98 EV, et Obama doit se contenter d'en gagner 15 pour l'emporter (voire 14, un match nul le rendant normalement président). Ce sont donc le New Hampshire (4 EV), le Nouveau-Mexique (5 EV), le Nevada (5 EV), la Virginie (13 EV), la Caroline du Nord (15 EV), l'Ohio (20 EV) et la Floride (27 EV) qui serviront à les départager.
Contrairement à Obama qui peut se permettre de perdre certains de ses objectifs, pour que McCain gagne une élection serrée, il lui faut donc prier pour que tout se passe parfaitement. C'est pour l'instant ce qui se passe pour lui : il a rattrapé, voire très légèrement devancé Obama dans presque tous ces états clés, arrivant presque à égalité avec Obama dans le décompte des EV. Ceci est confirmé par ces graphiques. On y voit qu'Obama, depuis la mi-juillet, perd du terrain sur McCain sur le compte des états où il est devant McCain. Cela correspond à ce qu'on dit généralement sur le resserrement de la campagne. Par contre, sur le compte des états où les écarts sont importants, Obama a consolidé son avance. Autrement dit, McCain s'est rapproché d'Obama en passant devant lui dans de nombreux états, mais d'extrêmement peu. Son rattrapage paraît donc très fragile. Une légère poussée d'Obama, par exemple suite au mini-scandale sur le nombre de maisons de McCain, ou le choix de Biden, suffirait probablement à faire basculer plusieurs états et à repasser largement devant. Si l'élection avait lieu aujourd'hui, ce dont McCain a besoin revient à devoir lancer 4 ou 5 pièces et espérer que toutes tombent sur "pile".
Conclusion : McCain s'est rapproché d'Obama, mais tout laisse pour l'instant penser que c'est très fragile. La dynamique partisane liée au choix des vice-présidents et aux conventions, dans un contexte très pro-démocrate, pourrait anéantir cette remontée de McCain. En prenant en compte l'énorme avantage organisationnel d'Obama qui ne se traduit pas encore dans les sondages, celui-ci reste le favori de cette élection.